Progresser par la (large) bande


Jean-François Ferland - 17/09/2008

Blade Network Technologies, qui fabrique des commutateurs 10 Gigabit Ethernet pour les serveurs lames de grands fournisseurs, entame la commercialisation de ses propres produits. Pour la jeune entreprise essaimée de Nortel, qui mise sur le dimensionnement des armoires de serveurs, Ethernet n’a pas fini d’élargir sa portée.

Alors que l’informatique en réseau progresse rapidement à l’ère des concepts des serveurs lames et de la virtualisation, les interconnexions doivent suivre la cadence. Blade Network Technologies, un fabricant de commutateurs pour les serveurs lames, croit au pouvoir fédérateur de la technologie Ethernet cadencée à 10 gigabits à la seconde (Gb/s).

L’entreprise, fondée en 2006 par essaimage (spinoff) par d’anciens employés du géant canadien des télécommunications Nortel à partir de l’unité commerciale Blade Server Switch Business Unit, fournit depuis plusieurs années des commutateurs pour serveurs lames à titre de fabricant de matériel d’origine à HP, IBM et NEC qui y apposent leurs logos. Comptant la moitié des entreprises Fortune 500 parmi les utilisateurs de produits, Blade Network a livré plus de 180 000 commutateurs qui exploitent 4 millions de ports dans les salles informatiques de la planète.

Charles Ferland, le vice-président aux ventes pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, fait partie du groupe de fondateurs de Blade Network Technologies. Originaire de Ville de La Baie, il oeuvre à partir de Munich pour l’entreprise dont le siège social est en Californie et le centre de R&D à Ottawa. L’organisation qui emploie 150 personnes est active dans les marchés des Amériques et de l’Asie-Pacifique.

Lors d’un passage à Montréal, M. Ferland a expliqué que Blade Network Technologies a entamé récemment la commercialisation de produits sous sa propre marque. La jeune entreprise a bénéficié de l’expérience de l’ancienne unité commerciale de Nortel et des exécutions de commandes pour le compte de clients d’envergure, ce qui la différencie d’une entreprise en démarrage dont les produits n’ont pas encore été éprouvés sur le terrain.

« Nous avons mangé nos croûtes il y a quelques années, ce qui est normal, a-t-il reconnu. Nous sommes flexibles et agiles comme entreprise, mais nous avons un système d’exploitation qui est stable et des contrats depuis cinq ans avec [trois gros clients] qui détiennent au moins 80 % du marché des lames, où nous avons environ 45 % de part de marché. »

Évolution Ethernet

L’ancien ingénieur de solutions et architecte de réseau explique que l’entreprise a choisi il y a 18 mois de fonder ses produits de commutation sur la technologie Ethernet, alors que dans les salles informatiques, les protocoles Ethernet, Fibre Channel et InfiniBand se font la lutte pour servir de canal privilégié à la transmission des données.

« Nous avons misé sur Ethernet parce que c’est le protocole le plus ancien et qu’il a fait ses preuves. C’est aussi le plus simple à migrer dans les salles informatiques et tout le monde le connaît. Avec tout l’écosystème et le nombre de partenaires qui font des produits Ethernet, cette technologie est la plus économique », a expliqué M. Ferland.

« Par contre, Ethernet avait des limites importantes, poursuit-il. Quand [le protocle MTA] est arrivé, il devait “démolir” Ethernet parce qu’il avait la qualité de service et des canaux virtuels. Mais ces éléments sont apparus pour Ethernet, qui s’est toujours amélioré. Il y a eu InfiniBand qui est utilisé par les grappes de calcul pour sa faible latence et Fibre Channel qui prévient la perte des paquets. Maintenant, avec des protocoles modifiés comme l’extension CEE (Converged Enhanced Ethernet) que nous avons mis dans tous nos produits, nous avons une faible latence de 300 nanosecondes) et du ”Lossless Ethernet” qui ne perd pas de trames. »

Il a dit envisager que les déploiements dans les salles informatiques, d’ici les deux prochaines années, ne seraient plus fondés sur l’utilisation de plusieurs matrices de commutation, mais plutôt sur Ethernet en autant que possible. « Un commutateur 10 Gigabit Ethernet, utilisé par exemple pour des grappes de calcul, permettrait de déployer des serveurs pour du stockage ou pour des serveurs de courrier, et ce, par les mêmes administrateurs. »

Nouveau modèle

Les changements survenus dans le domaine de la réseautique au cours des dernières années se font sentir de plusieurs façons au niveau des serveurs. L’émergence du Web 2.0 et de la virtualisation, de même que le concept du serveur lame, ont remis en question la composition traditionnelle des salles informatiques. Cela a incité Blade Network Technologies à établir une nouvelle conception de produit destiné aux armoires de serveurs lames.

« À l’ère de virtualisation, on ne se fie plus vraiment sur des environnements très redondants en soi, a fait remarquer M. Ferland. Chez l’un de nos grands clients, qui a des milliers de serveurs, un employé passe avec un chariot, voit un serveur “mort”, le remplace avec un nouveau qui contient une image du SE et des applications et “on n’en parle plus”. On ne veut plus avoir la redondance de la ventilation, mais de tout le serveur, dont le prix est inférieur à 1 000 $. Par contre [quand on met] 10 000 petits serveurs dans des salles informatiques conçues pour quelques gros serveurs avec des équipements spécifiques, les méthodes d’alimentation, de refroidissement et d’administration ne fonctionnent plus. »

C’est ce qui a incité Blade Network à opter pour le développement, avec des clients du Web 2.0, d’un concept nommé « rackonomics » qui consiste en l’application d’un dimensionnement au niveau de l’armoire de serveurs.

« Si auparavant on se concentrait sur l’administration d’un serveur, puis d’un châssis de serveurs lames à la fois, maintenant on regarde une armoire à la fois, alors que des commutateurs externes font des regroupements, a-t-il expliqué. L’armoire est une entité comme un “megaserveur” sur le réseau, avec 10, 24 ou 40 Gb/s de bande passante qui en sortent. On pourra en réserver ixe Gb/s pour la sauvegarde, pour la conférence vidéo ou pour telle autre utilisation, sans aller configurer chaque port ou chaque serveur individuellement. L’armoire devient une entité de base du centre de données. »

10 Gb/s à nos portes

Les affaires seraient bonnes ces temps-ci pour l’entreprise, qui a vendu plus de ports 10 Gigabits Ethernet au cours des deux premiers trimestres de l’année en cours que durant toute l’année précédente. « Il y a eu une accélération plus rapide, a constaté M. Ferland. Je n’ai rencontré personne qui a dit – 10 gigabits, ça n’arrivera pas -, tout le monde y croit. Avant, 10 Gigabits Ethernet c’était pour les coeurs de réseaux, pour de gros équipements où ça pouvait coûter 5 000 $ par port. Ça pouvait fonctionner pour relier deux édifices d’un campus, mais ça ne faisait pas de sens pour relier un serveur au réseau. La stratégie a changé avec les serveurs lames où cela coûte 500 $ par port. »

« Les machines ont recours maintenant à la virtualisation, ce qui contribue à faire augmenter la bande passante. Alors qu’au lieu d’avoir un serveur utilisé à 10 % il l’est maintenant à 80 %, surtout avec l’avancée des processeurs à multiples coeurs qui créent du trafic. Les gens évaluent de mettre leur serveur à 1 Gb/s pour 200 $ ou bien de payer un peu plus et avoir 10 Gb tout de suite », a-t-il ajouté en donnant l’exemple des entreprises de télécommunications qui se préparent à offrir des applications comme la télévision IP. Il a également souligné que de grands fabricants de matériel ont entamé la production de cartes réseau et de cartes mères compatibles à 10 Gigabit Ethernet.

Somme toute, l’ancien employé de Nortel a manifesté sa satisfaction de voir qu’une équipe de collègues ont pu poursuivre leur travail en volant de leurs propres ailes. Charles Ferland a souligné que Nortel, qui est un actionnaire important dans l’entreprise et participe au conseil d’administration, y trouve son compte.

« C’est intéressant de dire qu’on a pu prendre le meilleur des deux mondes. Nous avons avec Nortel une entente de partenariat de propriété intellectuelle, nous en avons pris des ressources à la base pour fonder Blade Network Technologies et nous avons grandi à partir de cela. C’est une décision créative qui a porté fruit pour tout le monde. C’est plus rafraîchissant que de fermer la division et que tout le monde retourne chez eux… », a-t-il confié.

NDLR: L’auteur de ce reportage et la personne interviewée n’ont pas de lien de parenté.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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