Quand affaires et technologies font bon ménage


André Ouellet - 21/04/2006

PERSONNALITÉ DU MOIS Sylvain Beaudry, président et cofondateur de Quazal, est la personnalité du mois de mars 2006 en TI au Québec.

Avoir un sens inné des affaires est une chose. Lorsqu’il est doublé de compétences technologiques peu communes, c’est encore mieux. En condensé, voilà qui explique le succès professionnel de Sylvain Beaudry, président et cofondateur de Quazal.

Établie en 1998, cette firme montréalaise a mis au point des intergiciels permettant à diverses personnes de participer simultanément à un jeu vidéo en ligne. L’éditeur THQ, numéro trois de l’industrie aux États-Unis et l’un des premiers à l’échelle mondiale, vient de conclure une entente avec Quazal, en vertu de laquelle il s’engage à utiliser ses solutions Net-Z et Rendez-Vous jusqu’en 2007. Pour Quazal, il s’agit d’un contrat majeur, lui procurant une crédibilité et une renommée quasi instantanées.

Cette réussite vient de loin. En effet, Sylvain Beaudry est encore sur les bancs de l’école secondaire lorsqu’il fonde sa première entreprise, Tania Services informatiques. Programmation et services-conseils font partie de son offre. Ses clients comprennent un club vidéo, une boîte de graphistes et une clinique médicale.

Parallèlement, il travaille à la programmation d’un jeu vidéo, domaine pour lequel il se passionne. Chaque jour, il se lève une heure plus tôt et se réserve du temps en soirée afin de se consacrer au projet. En 1989, ses efforts donnent leur fruit : le titre Lost Crystal, offert comme partagiciel. Sylvain Beaudry n’a pas encore dépassé le niveau collégial, mais en quelque sorte, sa route est tracée : son parcours professionnel sera fait de plan d’affaires et de développement d’applications.

Durant ses études au cégep et à l’université, il occupe divers emplois à temps partiel en informatique, pour Apple et Bell notamment. Mettant ses économies en commun avec celles de trois copains, il met sur pied iXmedia, en 1995, avant même d’avoir obtenu son diplôme de génie logiciel de l’Université Laval. La nouvelle entreprise offre des services de création de sites Web. Sylvain Beaudry en est le président. Il y travaillera jusqu’en 2000, année où ses collègues rachètent ses parts.

Car entre-temps, il a lancé un autre projet. La passion des jeux vidéo ne l’a pas quitté, et il caresse le dessein de développer un produit permettant à de multiples joueurs de communiquer en temps réel par l’entremise d’Internet. Pour y arriver, il fonde Quazal en 1998, avec deux partenaires.

« Il n’existait pas de solution de ce genre dans le marché, explique-t-il. Le CRIM s’était penché sur la problématique associée au développement d’un tel produit, et nous pensions qu’il y avait du potentiel. Il s’agissait pour nous de mettre au point non pas un jeu, mais des outils de communication. »

Quazal obtient un financement de 400 000 dollars pour son démarrage, puis 3,2 millions supplémentaires en 2000. L’intergiciel Net-Z, grâce auquel sont véhiculées les données entre joueurs, est commercialisé la même année. Étrangement, Quazal connaît un passage à vide à partir de là. Net-Z trouve preneur, mais l’entreprise doit assumer des dépenses importantes liées à l’exploitation d’un bureau qu’elle a ouvert au Texas, notamment. Quazal se dirige tout droit vers la faillite. Le dirigeant qu’on avait engagé pour aider l’organisation à accroître sa valeur est limogé, le bureau texan fermé et, en 2002, les 22 employés mis à pied.

Les associés ont le choix : vendre ou redémarrer. Ils optent pour la deuxième solution et, armés de l’intérêt que continue de manifester le marché pour leurs technologies, obtiennent un autre million de dollars de financement.

Peu après, l’éditeur londonien Eidos, qui a acheté Net-Z, est à la recherche d’un autre intergiciel, qui permettrait cette fois d’établir le point de rencontre entre les joueurs se regroupant sur Internet. C’est ainsi que s’entame une nouvelle phase de développement chez Quazal, laquelle donnera naissance à la solution Rendez-Vous. Eidos l’intègre à ses produits en 2005.

Aujourd’hui, Quazal emploie 18 personnes. En plus de THQ et Eidos, ses produits sont utilisés par des éditeurs d’envergure comme Atari, CapCom, Crave et Ubisoft. Sylvain Beaudry et ses partenaires ont réalisé un redressement spectaculaire.

Lorsqu’on lui demande s’il est d’abord visionnaire ou entrepreneur, le président répond que les visionnaires n’existent pas. « La vision est très près de l’hallucination, indique-t-il. En fait, il faut savoir écouter pour être en mesure de forger ses idées. » Quant à son sens des affaires, il dit l’avoir acquis en travaillant. « Je faisais les tâches administratives que les autres aimaient moins, ce qui m’a donné beaucoup de confiance. »

Peu à l’aise avec les éloges, il attribue une grande part de ses succès à ses collaborateurs et accorde une importance particulière au dicton conseillant de « s’entourer de gens plus intelligents que soi ». Ce qui le motive avant tout : l’enthousiasme de son équipe. « Quand on sent que ses collègues ont envie de venir travailler, on a l’impression d’avoir apporté quelque chose de positif à leur vie. »

La motivation ne doit pas venir de l’argent, mais des réalisations, croit-il. « Ceux qui cherchent à gagner de l’argent rapidement ne peuvent pas bien servir leurs clients. Si les affaires ne rapportent pas immédiatement, il faut savoir être patient. »

Le choix de la Personnalité du mois en TI au Québec est le fruit d’une collaboration entre la Fédération de l’informatique du Québec, Direction informatique et de nombreux partenaires.