Quand le chant classique mène au jeu vidéo


André Ouellet - 23/03/2007

PERSONNALITÉ DU MOIS Martin Klein, président-fondateur d’Audiokinetic, est la personnalité du mois de janvier 2007 en TI au Québec.

Les bonnes nouvelles s’accumulent au sujet d’Audiokinetic. Après avoir annoncé, en janvier, que son produit Wwise avait été choisi par le développeur de jeux vidéo Blue Fang, puis que le Conservatory of Recording Arts and Sciences allait créer un programme d’enseignement centré sur ce même produit, la firme montréalaise vient de publier un communiqué annonçant que Wwise a remporté l’un des prix très convoités attribués par la Game Audio Network Guild (GANG).

Pour le président-fondateur d’Audiokinetic, Martin Klein, le Recognition Award reçu de la GANG, organisation vouée à la promotion de l’excellence dans l’industrie de l’audio interactif, couronne les efforts récents de l’entreprise. « C’est le prix le plus prestigieux de l’industrie », dira-t-il.

En outre, Wwise a été primé à un stade précoce de sa commercialisation; Audiokinetic en a lancé la version bêta au printemps 2005, et sa première version commerciale un an plus tard. « Avant Wwise, faire de l’audio pour les jeux vidéo revenait à faire un film en développant soi-même ses films et en fabriquant ses propres objectifs », estime un porte-parole du Conservatory of Recording Arts and Sciences. Simplifiant le développement de la composante audio des jeux, Wwise élimine la dépendance du développeur vis-à-vis du programmeur, favorisant du coup la création. « C’est comme passer de DOS à Windows », évoque Martin Klein.

Préparation de longue main

Wwise révolutionne le marché. Outil unique à l’échelle mondiale, ses concurrents sont les applications développées – bidouillées, dit plutôt Martin Klein – à l’interne par les équipes de conception de jeux. L’application créée par Audiokinetic est le fruit d’une stratégie bien mûrie. En fondant l’entreprise, en 2000, le président actuel était parfaitement conscient de la douloureuse absence d’outil de développement sonore au sein de l’industrie. D’entrée de jeu, sa cible était clairement identifiée : les plateformes de nouvelle génération.

Il s’entoure d’abord de six personnes, provenant des domaines du jeu et du film. Trois ans durant, cependant, il est seul à travailler à temps plein au sein de la jeune pousse. Afin de concevoir un outil de productivité efficace de bout en bout, l’équipe se penche sur chaque étape de la production audiophonique d’un jeu. Parallèlement, elle élabore la stratégie et la vision d’Audiokinetic. « Ce qui fait notre force aujourd’hui, affirme le président, c’est d’avoir bien fait nos devoirs. » Les bureaux de l’entreprise sont inaugurés au printemps 2003, avec un effectif élargi à onze permanents. Aidée d’un financement privé, l’équipe entreprend alors la mise au point de Wwise.

Audiokinetic compte aujourd’hui une trentaine d’employés, ainsi que des clients comme Microsoft Game Studios, la canadienne Silicon Knight et Blue Fang. Des négociations sont en cours avec d’autres clients éventuels, et des annonces seront faites en ce sens à court terme, s’il faut en croire le président. « L’industrie est en train de nous dire que nous avons misé juste », lance-t-il.

Parcours inusité

Très heureux de la tournure des événements – on le serait à moins – Martin Klein ne se destinait pourtant pas à une carrière en affaires. Ni dans les TI, d’ailleurs. Né dans une famille de musiciens, il tâte de la flûte à bec dès l’âge de quatre ans, et se joint aux Petits Chanteurs de Trois-Rivières à sept ans, prélude à des études de chant classique au Conservatoire et à un DEC en musique, qu’il obtient au début des années 1980.

Il n’a que seize ans lorsqu’il débute son apprentissage d’ingénieur de son dans des studios d’enregistrement. Ce qui l’amène à devenir arrangeur musical, réalisateur d’albums et imprésario, métiers qui l’occuperont pendant quinze ans au sein de l’industrie du disque. Il vit dans ses valises un certain temps, représentant notamment les artistes français Sacha Distel et Gérard Lenorman.

Anticipant le déclin de l’industrie du disque, il délaisse peu à peu le milieu, et travaille d’abord comme conseiller en environnement sonore dans les secteurs de la publicité et du film. En 1997, il finit par accepter un poste chez Ubisoft, où on le fait directeur artistique, responsable de la production audio. C’est ainsi qu’il intègre la communauté des TI, prend conscience des lacunes en matière de développement audio dans les jeux vidéo – où il n’y en a que pour le visuel – et monte sa propre affaire.

S’il s’agit d’un tournant inusité dans la carrière d’un musicien de formation, spécialiste de l’industrie du disque, il faut avouer que, jusqu’ici, son passage aux TI est couronné d’un certain succès. Pour l’heure, la stratégie d’Audiokinetic passe par les joueurs dominants du jeu vidéo, qui exercent un effet d’entraînement. Maintenant qu’elle a établi son leadership technologique, l’entreprise a pour objectif immédiat de devenir leader de son secteur sur le plan commercial.

Le choix de la Personnalité du mois en TI au Québec est le fruit d’une collaboration entre la Fédération de l’informatique du Québec, Direction informatique et de nombreux partenaires.




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