Quand le vent coupe la ligne


Alain Beaulieu - 05/10/2006

Est-ce normal de perdre le service téléphonique, qu’il soit fondé sur Internet ou pas, quand le vent se lève et de devoir recourir à un service alternatif? Certainement pas.

On n’apprendra rien à personne en affirmant que le propre des nouvelles technologies est d’être… nouvelles. La nouveauté, c’est ce qui fait qu’une chose est attrayante du fait qu’elle n’existait pas auparavant. Si elle offre plein d’avantages nouveaux et de possibilités jusque-là insoupçonnées, la nouveauté vient aussi avec son lot de problèmes et de déficiences, découlant de son manque de maturité.

Personne ne remettra en cause l’intérêt et la pertinence de la téléphonie IP. Les avantages qu’offre cette technologie, qui est de moins en moins nouvelle, sont manifestes, dont le plus important est sans contredit la réduction des coûts de communications. Depuis l’apparition de la technologie, qui emprunte le réseau Internet, les fournisseurs, nouveaux et convertis, ont poussé comme des champignons. Certains parmi ceux-ci sont d’anciens fournisseurs de services de communications conventionnels qui ont fait le virage Internet et même des câblodistributeurs qui ont ajouté la téléphonie à leur offre de services.

L’auteur de ses lignes a succombé récemment à l’offre d’un fournisseur qui a fait sa fortune en câblant les téléviseurs des Québécois et qui propose maintenant de faire la même chose avec leurs téléphones… Cela fera bientôt neuf mois, presque une gestation complète, que votre dévoué utilise le service en question et force est d’avouer qu’il a de sérieux doutes sur la qualité du « petit » qui en naîtra.

En fait, ce n’est pas tant la qualité du service qui le préoccupe, laquelle se compare avantageusement au service téléphonique traditionnel, mais c’est la robustesse, la fiabilité du service qui le tracasse. Au lancement du service, on parlait d’une fiabilité similaire au service traditionnel, ce que l’expérience n’a pas confirmé.

Les six premiers mois de la « gestation » se sont bien passés, mais la situation s’est gâtée depuis. En fait, tout a commencé avec les minitornades qui ont soufflé sur le Québec en août dernier. Outre des dégâts matériels parfois importants, certains citoyens des régions sinistrées ont subi des pannes de courant. Des pannes qui, si elles sont prolongées, peuvent entraîner l’indisponibilité du service téléphonique en question, qui est tributaire du courant électrique pour fonctionner et dont l’autonomie est d’environ huit heures sans alimentation électrique. Mais dans le cas qui nous intéresse, il n’y a pas eu de panne de courant. Il y a néanmoins eu panne de service téléphonique pendant cinq jours, délai qui a été nécessaire, on suppose, pour réparer les bris de lignes occasionnés par les grands vents. Considérant le caractère extraordinaire de la tempête, qui a privé de courant des milliers d’abonnés, on peut comprendre cette panne.

Mais, le problème s’est répété à quelques reprises par la suite, que les vents aient été vigoureux ou pas (s’ils l’étaient, la panne était assurée…) et que la procédure de réinitialisation du modem, recommandée par le fournisseur, ait porté fruit ou non. Qui plus est, rien n’avertit l’abonné de la panne, si ce n’est les appelants qui se butent à un signal occupé et vous en informent par un autre moyen.

Évidemment, l’abonné a intérêt à posséder un téléphone portable desservi par un autre fournisseur, auquel cas il peut se rabattre sur un service alternatif. C’est plus prudent, ne serait-ce que pour se prémunir contre les éventuelles pannes de courant prolongées? Mais est-ce normal de devoir agir de la sorte? Que le service passe par Internet ou non, l’abonné est-il en droit de s’attendre à une disponibilité de service comparable au service téléphonique traditionnel? Je crois que oui, pour des raisons historiques. On nous a habitués tout au long de l’histoire récente du Québec, et du monde occidental, à une disponibilité quasi totale du service téléphonique qui a ainsi été hissé au rang des services essentiels. On peut s’attendre à manquer d’électricité, mais pas de service téléphonique. Il me semble qu’il devrait en aller de même avec la téléphonie IP.

On peut attribuer cette faiblesse à la nouveauté de la technologie et s’attendre à ce que la fiabilité du service s’améliore au cours des prochaines années, à mesure que la technologie gagnera en maturité. Cela ne fait pas de doute dans mon esprit. Mais en attendant, ayez toujours un téléphone portable à portée de main, équipé d’une pile bien chargée, on ne sait jamais quand le vent va se lever!