Ralentissement économique : le Québec serait-il favorablement positionné?


André Ouellet - 10/12/2008

Sans surprise, les prévisions de croissance de l’industrie mondiale des TI ont été revues à la baisse ces dernières semaines. Cependant, d’aucuns croient que le secteur mise sur des atouts susceptibles de l’aider à se tirer d’affaire. Et ce pourrait être le cas au Québec tout particulièrement.

Cet automne, la crise boursière et ses conséquences ont forcé les firmes d’analyse à se montrer plus pessimistes quant aux perspectives économiques de l’industrie mondiale des technologies de l’information (TI). Vers la mi-novembre, IDC a fixé le taux de croissance du secteur à 2,6 % pour 2009, alors que la firme avait prévu un taux de 5,9 % à la fin de l’été. Cette révision faisait suite à celle de Gartner qui, en octobre, a modifié ses projections de 5,8 % à 2,3 % pour l’année prochaine.

Comme on pouvait s’y attendre, les pronostics sont encore plus sombres aux États-Unis, la croissance de 2009 prévue par IDC ayant chuté de 4,2 % à 0,9 %. Gartner abonde dans le même sens, projetant un maigre 0,5 % dans l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Cela implique que le Canada serait durement touché également. Pour le moment, les effets ne se font pas trop sentir, mais, selon toute évidence, ce n’est qu’une question de temps avant que le ralentissement ne s’installe chez nous. Selon Pierre Lecavalier, président sortant du Réseau ACTION TI et directeur général d’Acquizition.biz, le marché québécois vit actuellement une phase d’attente. Les entreprises se préparent au pire, mais, de façon générale, ne constatent encore aucune perturbation.

La phase suivante pourrait venir rapidement, croit-il. Les dirigeants TI se verront alors obligés de surseoir aux projets qui ne sont pas strictement essentiels aux affaires. Cette situation ne devrait pas se révéler catastrophique, car, en raison de la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie, les organisations n’auraient sans doute pas eu suffisamment de ressources pour les mener à bien, rappelle-t-il. Aux États-Unis, en tout cas, le processus de réduction des coûts est résolument engagé; une enquête de la revue CIO Magazine menée en octobre dernier révèle que 40 % des responsables informatiques au sein des entreprises américaines prévoient diminuer les dépenses au sein de leur service.

Selon Pierre Lecavalier, le 1er trimestre de 2009 sera déterminant pour la suite des choses, car nous devrions alors entrevoir plus clairement ce que nous réserve l’avenir. Si le ralentissement, voire la crise, se prolonge, on pourrait bien assister à une 3e phase, marquées par des coupures de personnel.

Voilà une perspective qui inquiète vivement Sylvie Gagnon, directrice générale de TECHNOCompétences, le comité sectoriel de la main-d’œuvre québécoise des TIC. Un recul de l’emploi pourrait mettre en péril les efforts déployés au cours des dernières années en vue de conjurer le manque de main-d’œuvre, croit-elle. Chez TECHNOCompétences, on pense qu’une vague de mises à pied frappera les TIC et ses professions repères aussi rapidement que dans six à huit mois, sans qu’il soit possible d’en prévoir l’ampleur.

Tout n’est pas perdu

Il n’y a pas lieu de désespérer, cependant. Il demeure toujours possible de tirer un certain avantage de la conjoncture. Même que le Québec serait favorablement positionné pour faire face aux inévitables difficultés qui s’annoncent. C’est ce que croit Sébastien Ruest, vice-président, Groupe de recherche, IDC Canada. Selon lui, le secteur québécois des TI est quelque peu isolé par rapport au reste du Canada et a développé un marché indépendant, davantage tourné vers les États-Unis et le reste du monde. « Au Québec, le secteur des TI est plus petit et fonctionne davantage comme une famille », ce qui devrait lui permettre de mieux juguler les difficultés économiques, indique-t-il. Par contre, les relations plus étroites des organisations québécoises avec les États-Unis pourraient aussi jouer à leur désavantage.

Heureusement, le Québec peut compter sur d’autres facteurs, notamment la place importante occupée dans l’industrie par le jeu et le multimédia, secteurs qui ne devraient pas être particulièrement affectés par les difficultés économiques (on estime qu’en période de crise, les consommateurs se privent de leurs loisirs les plus onéreux, comme les voyages, mais souhaitent quand même s’offrir des divertissements).

Dans le cadre d’une étude toute récente, TECHNOCompétences fait valoir un autre avantage potentiel : la chute du dollar canadien, qui favoriserait les succursales québécoises de certaines entreprises, vers lesquelles serait dirigée une impartition à moindre coût, en plus de faciliter la vente des produits et des services d’ici.

Une théorie généralisée chez les analystes veut que l’industrie mondiale des TI jouisse d’un avantage certain : les entreprises ont nécessairement besoin de technologies pour accroître leur productivité et réduire leurs coûts – exactement ce que l’on cherche à faire en période de ralentissement. Sébastien Ruest se dit d’accord : « Les TI sont tellement ancrées dans les processus organisationnels qu’il devient plus difficile de procéder à des coupures. » Dans ce contexte, il est permis de croire qu’un concept tel le logiciel service (Software as a service, ou SaaS) connaîtra un essor non négligeable, comme le précise Sylvie Gagnon. En effet, ce modèle commercial permet aux entreprises d’obtenir technologies et services sans avoir à investir massivement.

Du reste, l’industrie mondiale des TI a connu la dure période caractérisée par le dégonflement de la bulle Internet au début du siècle, ce qui lui a permis de mieux se préparer à pareille situation, en mettant en place des systèmes de contrôle, rappelle Sébastien Ruest.

Les difficultés économiques représentent une occasion d’améliorer certains aspects des TI. Pour Sylvie Gagnon, le moment est propice au perfectionnement de la main-d’œuvre et à l’acquisition de compétences actuellement recherchées par les entreprises. À quelque chose malheur est bon. L’industrie québécoise des TI saura-t-elle mettre cette maxime en pratique dans les mois à venir?

Repères

Le site The Register résume les prévisions économiques relatives à l’industrie des TI, révisées à la baisse cet automne par les firmes d’analyse IDC et Gartner.

Le magazine CIO Insight publie un article sur l’utilité de l’amélioration des processus organisationnels en période de difficultés économiques.

Le site ThinkBalm explique comment les technologies Internet immersives peuvent aider les entreprises en situation économique difficile.

Un article paru le 15 novembre dernier dans l’International Herald Tribune relatait la chute brutale des activités économiques dans l’industrie mondiale des TI conséquemment à la crise boursière.

En février dernier, le ralentissement économique avait déjà débuté aux États-Unis. Le site Computer Economics a alors publié un article faisant état de l’augmentation prévue des salaires dans le secteur des TI en dépit des difficultés.

En février également, le site Work Wise prédisait une hausse des investissements en TI dans les entreprises irlandaises, en dépit des perspectives sombres qui se profilaient déjà à l’horizon au début de l’année.

IDC Canada fera une webémission le jeudi 11 décembre, à 9 heures, à propos des perspectives économiques dans l’industrie des TIC au Canada (en anglais).


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