Réduire l’empreinte des TI… et celle des autres


Jean-François Ferland - 13/10/2009

Frances Edmonds de HP Canada affirme que les fournisseurs et les utilisateurs sont de plus en en plus conscientisés à la réduction des impacts environnementaux des appareils et des fournitures informatiques. Les TI, dont l’industrie génère 2 % des gaz à effet de serre, peuvent même contribuer aux efforts de réduction des autres industries.

Frances Edmonds est la responsable des politiques environnementales chez HP Canada, où elle supervise des initiatives comme des programmes de récupération de matériel et de cartouches. Elle a notamment créé un programme de formation environnementale pour les partenaires commerciaux qui a été adopté depuis à l’échelle mondiale par HP. Elle a participé à l’élaboration d’une norme de recyclage par l’association industrielle RPE Canada (Recyclage des produits électroniques Canada) et travaillé avec des détaillants et des fournisseurs à établir des programmes de récupération dans plusieurs provinces canadiennes.

De passage à Montréal dans le cadre d’une conférence sur la responsabilité élargie, Mme Edmonds a fait le point sur les pratiques environnementales de HP et sur la perception de cet enjeu au Canada lors d’une entrevue avec Direction informatique.

Direction informatique : Au cours des dernières années, HP, comme plusieurs autres fournisseurs des TI, a instauré des pratiques pour réduire l’impact environnemental de ses produits. Quels ont été les plus grands changements engendrés par ces pratiques, à titre de fabricant de produits technologiques et à titre d’entreprise?

Frances Edmonds : Le plus grand impact survient lors de l’utilisation même de nos produits. Par exemple, nous avons annoncé récemment notre intention de réduire de 40 % l’énergie consommée par les produits utilisés par nos clients d’ici 2011, ce qui constituera un grand impact lorsqu’on considère le nombre de produits que nous livrons à l’échelle mondiale chaque année. Il s’agit d’un but commun à l’ensemble de nos produits, mais nous avons aussi établi des objectifs individuels pour nos divers ensembles de produits. Cela a un impact considérable dans la réduction de l’empreinte environnementale chez nos clients, mais aussi sur l’émission de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale.

L’impact au sein de notre entreprise, notre investissement de longue date dans des pratiques durables, commence à être reconnu par nos clients qui demandent qu’on les aide à les implanter chez eux. Nous avons implanté une fonction centralisée d’impression dans nos bureaux, en retirant les imprimantes des bureaux afin que les employés se rendent à un appareil multifonction que tous partagent, avec l’impression recto verso par défaut. Nous faisons le suivi des économies de papier obtenues et nous éteignons les appareils le soir et les fins de semaine. En le faisant soi-même, nous pouvons alors aider nos clients à en faire de même.

Direction informatique : Y a-t-il des éléments liés aux pratiques environnementales chez HP au Canada qui diffèrent de ceux qui sont appliqués ailleurs dans le monde?

Frances Edmonds : Nous accordons beaucoup d’attention à l’application de normes environnementales de haut niveau. Il faut s’assurer que les déchets électroniques qui sont retirés du flux de collecte des déchets sont traités de façon responsable. Nous avons été des meneurs à cet effet et sommes enclins à en faire la promotion. Une des difficultés que nous rencontrons à titre de multinationale est que les régions et les juridictions veulent faire les choses différemment en matière de gestion de fin de cycle de vie. Chaque fois que nous voulons faire quelque chose différemment, cela engendre des hausses de coûts et on sait qui finit par payer… Nous travaillons fort pour respecter les exigences provinciales ou régionales et en même temps maintenir de hauts standards de recyclage.

Direction informatique : Au cours des dernières années, plusieurs programmes de récupération des déchets électroniques ont été implantés dans les provinces. Les gouvernements implantent aussi des programmes internes de récupération. Est-ce que ces initiatives évoluent de façon optimale? Comment se comparent-elles avec les autres initiatives à l’échelle mondiale?

Frances Edmonds : Plusieurs juridictions à travers le monde ont adopté des réglementations qui exigent la récupération des déchets électroniques, sans toutefois établir des exigences quant au traitement de ces déchets. Ceux qui sont familiers avec ce qui arrive à la plupart des déchets électroniques qui ne font pas l’objet d’une gouvernance par des fabricants responsables ou par des programmes de traitement savent qu’ils finissent dans [les pays du] tiers-monde où les mauvaises pratiques de démantèlement et de recyclage font du tort à l’environnement et aux humains…

Au Canada, nous avons été capables de réunir l’industrie des TI et des produits électroniques pour nous entendre sur des normes, puis nous avons rencontré les provinces qui commençaient à envisager l’établissement de réglementations. Nous avons travaillé de façon proactive avec les gouvernements pour développer des réglementations qui étaient à la fois économiquement et environnementalement faisables. Tous les programmes des provinces en activité aujourd’hui, même ceux appliqués par les gouvernements, sont fondés sur ces normes.

Direction informatique : HP Canada compte trois types de clientèles: le grand public, les organisations et les entreprises de secteurs spécialisés comme celui de l’impression. Comment ces clientèles adoptent-elles des pratiques environnementales appropriées?

Frances Edmonds : Nous observons une amélioration sensible à travers tous nos segments commerciaux. Dans le secteur du graphisme, HP a entamé l’offre du recyclage des substrats pour les imprimantes de grand format. Nos clients commerciaux et grand public veulent une bonne récupération et commencent à poser des questions à cet effet. Nous voyons aussi apparaître [cet intérêt] dans les critères d’approvisionnement, ce qui est une chose nécessaire. Les gens comprennent que la récupération est un enjeu important, mais ils veulent aussi acheter des produits qui contiennent du contenu recyclé dans leurs imprimantes ou leurs cartouches.

Direction informatique : L’intérêt envers l’environnement semble se porter vers l’ensemble du cycle de vie d’un produit, non seulement sur ce qu’il faut faire après qu’il ait été utilisé?

Frances Edmonds : Oui, et c’est très important. Dans l’industrie des TI, comme c’est le cas pour plusieurs grandes entreprises, la fabrication de produits [ou de composantes] est faite par des personnes qui ne sont pas des employés de l’entreprise. Comment se fait la gestion de la chaîne d’approvisionnement à un niveau d’amplitude et un impact plus grand que la gestion de sa seule empreinte environnement en interne.

Nous sommes encouragés que les clients posent plus de questions, car nous avons travaillé à cet effet au cours des dernières années. Nous avons été la première entreprise à dévoiler l’emplacement des usines de notre chaîne d’approvisionnement, la première à établir des normes qui sont devenues des standards d’industrie et, depuis l’an dernier, la première à divulguer la quantité de gaz à effet de serre émis par la chaîne d’approvisionnement. Quand on commence à mesurer ces éléments, cela permet d’en saisir l’importance et de les gérer.

Direction informatique : Les enjeux environnementaux peuvent être perçus par l’industrie des TI et les utilisateurs finaux de deux façons : certains feront des efforts pour réduire leur empreinte environnementale, alors que d’autres en feront pour des motivations financières. Présentement, est-ce qu’un des deux aspects semble prédominer?

Frances Edmonds : Une des choses intéressantes que j’observe est que cela n’a pas importance aujourd’hui, parce qu’une tarification sur les émissions de carbone surviendra d’une façon ou d’une autre. Lorsqu’on conserve de l’énergie, on [réduit] l’émission de carbone. Les deux vont de pair tellement bien qu’on peut atteindre les mêmes objectifs, mais avec deux « emballages » différents. Les technologies de l’information, par la fabrication et de l’exploitation des produits, sont responsables de l’équivalent de 2 % des émissions des gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. On pourrait dire que ce n’est pas si pire, sauf que c’est l’équivalent des émissions produites par l’industrie du transport aérien…

Il y a énormément d’opportunités d’amélioration, par l’impression recto verso, la consolidation, etc. Mais la vraie opportunité qui s’offre à l’industrie des TI réside dans les 98 % d’émissions, parce que dans plusieurs cas, il n’est pas possible présentement de bien mesurer [certains éléments]. Si les édifices gaspillent beaucoup d’énergie à produire de la chaleur ou de la climatisation, c’est généralement parce qu’il n’y a pas de senseurs et de technologies d’intelligence dans les systèmes qui en permettraient un meilleur contrôle.

C’est là que les TI peuvent jouer un rôle central : nous sommes tenus, comme industrie, de réduire notre empreinte environnementale et celle de nos clients, mais aussi d’aider à résoudre les enjeux liés à celle des autres industries, ce qui est très excitant.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+