Rishi Chandra (Google): plaidoyer ensoleillé pour l’informatique en nuages


Jean-François Ferland - 14/11/2008

Conférencier à Webcom Montréal, Rishi Chandra de Google affirme que l’informatique en nuages changera grandement le recours aux applications pour les processus d’affaires organisationnels, avec l’innovation, le partage, la liberté, la sécurité et la fiabilité comme mots clés.

À l’occasion de la conférence annuelle Webcom Montréal, Rishi Chandra, gestionnaire de produit à la division commerciale Enterprise chez l’éditeur Google, a formulé un plaidoyer pour l’adoption du concept de l’informatique en nuages (cloud computing) par les organisations, de la même façon que les individus le font avec les applications grand public.

Alors que l’Office québécois de la langue française définit le concept comme un service qui rend disponibles à distance, à la demande, des logiciels services, des espaces de stockage et des serveurs qui sont branchés entre eux par Internet, Google le résume par l’utilisation d’applications Web souvent composites et de l’hébergement des données chez un fournisseur en ligne au moyen d’un fureteur, en alternative aux éléments hébergés en mode local au sein d’une organisation.

M. Chandra identifie cinq éléments de changement que l’informatique en nuages inculquera aux organisations, dont le premier élément est la notion d’innovation en continu.

« C’est épatant que les entreprises aujourd’hui soient encore aux prises avec des cycles de remplacement de logiciels aux trois à cinq ans. Ce genre de cycle est mort, a-t-il déclaré. Avec l’informatique en nuages, on peut faire des mises à jour à une application sans avoir à faire d’installation de matériel ou de logiciel [au niveau local]. Avec le niveau continu d’innovation, chaque amélioration de l’application est accessible automatiquement et permet d’améliorer les processus du même coup. La [transformation de la] technologie doit atteindre la vitesse de l’innovation. […] Les entreprises devront entreprendre une transition, mais amélioreront significativement leurs outils et leur façon de les utiliser. »

M.. Chandra a ajouté que le concept de l’informatique en nuages aplanit le terrain de jeu, un peu comme le réseau publicitaire par mot-clé Adwords de Google a permis à de petits embouteilleurs de faire compétition à armes égales avec Coca-Cola ou Pepsi.

« Les petites entreprises peuvent utiliser les mêmes applications que nous utilisons à l’interne dans notre entreprise. L’informatique en nuages change complètement la nature des applications requises [pour la compétition commerciale]. Pour les entreprises qui ne suivent pas la courbe de l’innovation, la question est de savoir jusqu’à quel niveau elles tomberont », a-t-il indiqué.

Le goût de la liberté

Le deuxième changement organisationnel se situerait dans l’apport d’une liberté à l’utilisateur. En déclarant que l’époque des formations de trois mois pour utiliser un outil est dorénavant insensée, M. Chandra a mentionné que les utilisateurs auront tendance à contourner les administrateurs de systèmes pour utiliser les applications en ligne comme ils le désirent. Il a donné l’exemple du nouveau service Google Video for Business, où le réseautage social et la vidéo sont utilisés dans les organisations en fonction des politiques et des règles de sécurité corporatives. Il a donné l’exemple de l’embarquement d’un vidéo explicatif dans une feuille de calcul en ligne, qui constitue en soi une nouvelle application.

« En laissant les utilisateurs finaux être libres, ils innovent plus rapidement en incorporant la technologie comme ils le souhaitent, a mentionné M. Chandra. Laissons-les décider quel tableau de bord est approprié [pour visualiser l’information]… »

En matière de liberté, M. Chandra a fait l’éloge de la libéralisation des données par leur hébergement sur des serveurs en ligne, contrairement au recours à des serveurs propriétaires. « Le paradigme du partage de l’information changera ainsi par le recours à des normes ouvertes et à des communications de machine à machine », a-t-il indiqué, en donnant l’exemple du recours aux fils RSS.

Également, l’entreprise prendra un virage social, en passant d’une productivité individuelle à une productivité en groupe. Du modèle de « point à point », l’interaction se fera à l’aide d’une source centrale de données accessible par tous, peu importe le pays, le langage ou l’appareil.

« Il s’agit d’un changement fondamental de la façon dont les gens partagent l’information et de la facilité par laquelle ils collaborent. Les outils doivent équivaloir au nouvel environnement de travail, qui apporte un nouveau niveau de productivité », a indiqué M. Chandra.

Enfin, le dernier élément de changement apporté par l’informatique en nuages se situe au niveau d’une extensibilité illimitée, à l’image du courriel gratuit dont l’espace de stockage est passé de quelques mégaoctets à plusieurs gigaoctets au cours des dernières années. « Si le grand public a pu en bénéficier [avec les applications en ligne gratuites], pourquoi pas les entreprises? Combien de projets d’organisations ont été abandonnés à cause d’un manque d’espace de stockage? », a-t-il demandé à voix haute.

Mythes : tout est relatif

Rachi Chandra de Google a également tenté de déboulonner des « mythes », soit des éléments d’inquiétude qui pourraient amoindrir l’intérêt des organisations envers l’informatique en nuages. En clair, il a incité la comparaison de l’approche nouvelle avec les méthodes actuelles de l’informatique organisationnelle.

À propos de la sécurité de l’information, où certains croient que les données sont en sûreté lorsqu’elles sont exploitées en interne, M. Chandra a affirmé que les organisations n’étaient pas aussi sécuritaires qu’on le pense. En déclarant qu’un ordinateur portatif sur dix et que 66 % des clés USB sont perdus au cours de la première année d’utilisation, il a fait l’éloge de la sécurité des données en ligne qui ne sont plus accessibles une fois que le fureteur est éteint.

À propos de la fiabilité, en matière de disponibilité des applications en ligne, M. Chandra a affirmé que le service en ligne de courriel Gmail avait connu moins de pannes prévues ou imprévues au cours d’une période donnée qu’un serveur Exchange de Microsoft, en citant une étude de la firme Radicati. « Nous nous préoccupons sérieusement de la fiabilité de l’informatique en nuages, il faut toujours faire une comparaison de la situation avec celle de la technologie existante », a-t-il déclaré.

Quant aux capacités des applications en ligne, M. Chandra a indiqué que la simplicité d’une interface ne faisait pas d’une application un poids léger. « Nous concevons la prochaine génération d’outils pour la prochaine génération d’employés, en retirant la complexité des applications commerciales », a-t-il affirmé en nommant plusieurs grandes organisations américaines qui auraient déjà adopté l’approche de l’informatique en nuages.

Interrogé à propos d’une obligation réglementaire qui a trait à la conservation de données en sol canadien, M. Chandra a dit que Google cherchait à repousser les limites des gouvernements par l’inclusion de nouvelles notions dans la réglementation. « Nous pourrions construire un centre de données local, mais à long terme le bénéfice de l’informatique en nuages réside dans l’accessibilité de l’information n’importe où et n’importe quand. La fiabilité ne devrait pas reposer sur l’utilisation d’un seul centre de données. »

Interrogé à propos d’initiatives similaires de l’entreprise Internet Amazon, M. Chandra a estimé que la présence de plusieurs joueurs n’était que bénéfique pour le concept de l’informatique en nuages et que les standards ouverts constituaient la voie d’avenir.

Enfin, en réponse à une question portant sur le transfert des données d’un fournisseur à un autre, M. Chandra a fait état d’une philosophie où le retrait des données des applications en ligne est aussi facile que leur ajout, et que « le verrouillage des données » ne constituait pas un avantage commercial à long terme.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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