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Jean-François Ferland - 25/04/2007

Le mentorat sert au soutien et au transfert des connaissances pour assurer la relève, mais aussi à motiver la jeunesse à faire carrière dans le secteur des TIC. Chez Academos, qui réalise du cybermentorat auprès des étudiants via l’Internet, on constate que l’apport des mentors de l’industrie motive ceux et celles qui formeront la relève.

Depuis 1999, Academos offre des services de mentorat par le biais de l’Internet, qu’on appelle ‘cybermentorat’, aux étudiants âgés de 14 à 30 ans. Initialement établi pour les étudiants du collège de Bois-de-Boulogne, l’organisme à but non lucratif compte parmi sa clientèle des étudiants des niveaux secondaire, collégial et universitaire, ainsi que des jeunes qui ont quitté l’école, de toutes les régions du Québec L’organisme compte sur la participation de plus de 600 mentors ayant de l’expérience de travail dans 80 secteurs d’activité.

L’étudiant intéressé à obtenir le soutien d’un mentor s’inscrit sur le site Web de l’organisme. Il recherche ensuite un mentor potentiel par mots clés ou par les secteurs d’activité, consulte son profil, puis lui envoie un message par le biais d’un système de messagerie. L’étudiant, lorsqu’il reçoit par courriel une notice d’arrivée d’un message, se rend sur le site et consulte le message du mentor. Le mentor et le mentoré mis en contact poursuivent ensuite leur discussion par l’échange de messages électroniques.

Catherine Légaré est la directrice, développement et recherche chez Academos. Elle explique que le mentorat aide à guider les étudiants qui ne savent pas à quel programme d’études ils pourraient s’inscrire, ou bien ne savent pas où travailler ou comment s’intégrer au monde du travail une fois leurs études terminées. Plus encore, le cybermentorat permet aux étudiants d’obtenir une vision pratique des réalités du monde du travail.

« Nous donnons aux étudiants l’occasion d’entrer en contact avec les gens qui font un métier qui les intéresse, et notre but est d’aider et confirmer le choix de carrière. Mais le contact avec un mentor donne aux étudiants un sens à ce qu’ils apprennent à l’école, parce que les mentors sont là pour témoigner de leur vécu au travail et pour transmettre la passion qu’ils ont de leur métier ou de leur profession », estime Mme Légaré.

« En dépeignant la réalité qu’ils vivent au travail, ils permettent aux jeunes de vraiment se situer. Il y a souvent des mythes à propos des métiers, et les mentors sont là pour les défaire ou pour les confirmer, parce qu’il y a des mythes qui sont des réalités. Cela aide à avoir une main-d’oeuvre qui a fait un meilleur choix en connaissance de cause. Cela évite des surprises en arrivant dans le monde du travail. »

Mme Légaré donne alors quelques exemples de ces différences de perception. « Des gens en animation 3D se font demander s’ils ont joué au dernier jeu à la mode et si c’est vraiment hot de travailler dans les boîtes de jeu vidéo, explique-t-elle. Ces mentors vont les ramener à la réalité en leur disant qu’ils travaillent sur un jeu vidéo, mais qu’ils ne jouent pas toute la journée. Il ne suffit pas juste d’aimer jouer avec un jeu vidéo, mais qu’on travaille longtemps sur un même petit détail qu’on va passer toute la journée à régler… »

« Aux débuts d’Academos, un jeune étudiant en technique informatique qui voulait être programmeur avait écrit à plusieurs mentors pour savoir comment il en était de travailler dans une ‘boîte’. La réalité dépeinte était très différente d’un endroit à l’autre et il pensait que quelqu’un lui comptait une menterie! », relate-t-elle en riant.

Selon un sondage effectué auprès d’étudiants de niveau secondaire, la participation au cybermentorat aurait également un effet positif sur la motivation en cours d’année scolaire, « ce qui est important quand on sait qu’il y a un fort taux de décrochage dans plusieurs régions au Québec », aux dires de Mme Légaré.

Elle précise que des jeunes de partout y prennent part, alors que des régions n’ont pas de ressources professionnelles qui exercent certains métiers, en donnant l’exemple d’un étudiant des Îles-de-la-Madeleine qui souhaitait étudier en animation 3D hors de sa région.

Culture d’ouverture

Selon Mme Légaré, le recours au cybermentorat aurait des impacts tangibles en matière de recherche de ressources lors de l’insertion au sein d’une organisation.

« Lorsque les jeunes ayant participé à Academos arrivent sur le marché du travail, leur réflexe est de dire : ‘Je commence dans le métier, qui peut m’aider autour de moi? Qui peut me servir de modèle, qui peut m’ouvrir les portes?’ Même si c’est sur l’Internet, cela donne cette sensibilité d’aller vers les autres », indique-t-elle.

« Il y a eu un trou avec la Génération X où on arrivait dans le monde du travail et il fallait performer tout seul. L’idée d’intergénération, de transfert et de culture était moins présente autant chez les plus vieux, qui gardaient leur acquis, que chez les plus jeunes, qui avaient à prouver qu’ils étaient « capables » tous seuls. En agissant auprès des jeunes dès l’adolescence et en les jumelant avec des seniors et des ‘moins seniors’ qui sont prêts à transmettre ce qu’ils savent, on développe aussi une culture de transmission de connaissances, de savoirs, de cultures et d’expertises », ajoute-t-elle.

Un autre signe encourageant, selon Madame Légaré, se situe au niveau de l’implication du secteur des technologies de l’information et des communications (TIC), qui est parmi les secteurs les plus actifs en cybermentorat.

“C’est probablement en raison du mode de communication, soit Internet, où les gens qui oeuvrent dans ce secteur ont une aisance particulière avec l’outil utilisé. D’ailleurs, on commence à avoir nos premiers mentorés qui reviennent pour être mentors », relate-t-elle.

Il ne reste qu’à imaginer quels seraient les bienfaits obtenus par l’industrie des TIC si toutes ses ressources expérimentées devaient des mentors pour les générations suivantes…


Communications_électroniques@mentorat.com ?

Le mentorat sert à prodiguer des conseils et à susciter la réflexion auprès des jeunes travailleurs. Est-ce que les moyens électroniques de communication sont appropriés pour les relations de mentorat, ou doit-on privilégier les rencontres en personne?

« L’utilisation des outils de communication à distance est déjà bien intégrée par l’industrie, qu’il s’agisse du courriel, de la vidéoconférence ou de la messagerie instantanée. Le but est d’être disponible et d’être joignable à tout moment », constate Benoît Leduc, conseiller en ressources humaines chez TECHNOCompétences.

Toutefois, M. Leduc prône l’utilisation des outils autres que l’écrit lors d’une telle interaction. « Avec les caméras Web, on peut voir et entendre, et c’est beaucoup plus facile de ressentir quelque chose quand on voit la personne. On connaît les cas d’horreur, lorsqu’on transmet des courriels qui font l’objet d’une mauvaise interprétation, que la majorité des entreprises ont déjà vécu. »

« Il ne faut pas avoir peur d’utiliser au moins la voix pour saisir un message, surtout en mentorat où le contact humain est important. Si l’on ne peut être présent en personne, il faut au moins un contact visuel et auditif. Rien ne vaut une rencontre face à face, mais on peut s’en tirer sans aussi, alors que l’ensemble de l’industrie est branchée », ajoute-t-il.

Georges Bourelle, président-directeur général de CIREM, qui a été mentor durant sa carrière professionnelle, dit être « de la vieille école ». Il est favorable aux outils de communication technologiques, mais il croit en la vertu d’un contact humain initial.

« On ne peut pas remplacer le face-à-face. Quand on a passé à travers la période de connaissance de l’autre personne, on peut utiliser les outils informatiques pour être capable de travailler. Mais d’aller chercher des conseils sans se connaître ni avoir d’interrelation ne serait pas aussi valorisant », commente-t-il.

Claire Légaré, de l’organisme Academos, affirme que les outils électroniques ont une pertinence plus qu’évidente dans l’interaction entre les mentorats et les mentorés. « Depuis le début, j’entends des commentaires comme quoi le mentorat via l’Internet rend impossible le développement de relations. Mais nos évaluations et une recherche à propos du cybermentorat démontrent le contraire. Nous allons chercher les jeunes avec le moyen de communication qu’ils privilégient, pour quelque chose qui concerne leur future carrière », conclut-elle.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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