Stimulation du secteur des TI: les sept souhaits du CRIM


Jean-François Ferland - 23/01/2009

À quelques jours du dépôt du budget fédéral, le centre de recherche appliquée renouvelle son message concernant sept conditions qui stimuleraient la R&D, contribueraient à l’informatisation des organisations et maintiendraient l’économie du secteur des TI.

Le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), à moins d’une semaine du dépôt du budget 2009-2010 du gouvernement du Canada, a diffusé sept recommandations qui pourraient contribuer à la relance des activités de recherche et développement dans l’industrie des TI et améliorer la productivité des organisations en général.

De l’avis du centre de recherche, l’établissement de mesures économiques favorables au développement de l’industrie du savoir, contribuerait à encourager les travaux des entreprises du secteur, notamment les PME, tout comme les initiatives d’adoption de la part des organisations utilisatrices des technologies.

Le CRIM suggère au gouvernement fédéral de faciliter l’accès au capital de risque pour les PME, de hausser les crédits d’impôt à la recherche et au développement et de créer un fonds d’investissement pour les industries de pointe. Il recommande aussi d’accroître le financement des programmes de recherche appliquée et de commercialisation et de rétablir les paiements de transfert pour l’éducation postsecondaire.

Il souhaite également l’adoption de mesures fiscales favorisant l’investissement en équipements technologiques, tout comme un encouragement par des mesures concrètes de l’adoption des TI par les entreprises.

Du changement et de l’action

Yves Sanssouci, le président-directeur général du centre de recherche, rappelle que le CRIM formule depuis longtemps de telles recommandations. Il explique que l’organisme, en activité depuis 22 ans, a profité de l’occasion de la parution du prochain budget fédéral pour « modestement » prendre position.

Toutefois, M. Soussouci fait état d’un recul de l’industrie des TI d’ici en comparaison avec la situation observée ailleurs sur la planète. Il souhaite que les demandes formulées de longue date se concrétisent sous la forme de mesures et d’incitatifs.

« Souvent on observe des entreprises qui sont dans la vraie misère : elles ont de très bonnes idées, mais pas de moyens, déclare-t-il. Quand on consulte les journaux et magazines, qu’on s’aperçoit qu’on est derrière bien du monde dans les pays de l’OCDE : douzième en matière de dépenses en R&D, 24e au niveau du nombre de lignes téléphoniques par habitant, à l’arrière [du peloton] au niveau de la productivité… Je trouve quelque chose d’inquiétant là-dedans. »

« [Ce que nous demandons] n’est pas nouveau, mais ce n’est pas appliqué. Est-ce que la période [de ralentissement] que l’on vit va les convaincre? On l’espère… »

M. Sanssouci acquiesce qu’une tendance se dessine dans plusieurs marchés planétaires en matière d’applications de mesures de soutien et d’encouragement au développement du savoir et à l’adoption des technologies au sein des organisations. Il craint que l’inaction nuise au secteur des TI, mais aussi à l’économie en général.

« On vit à une époque où la seule chose qui ne change pas, c’est le changement. On vit à la vitesse ‘grand V’ et la compétition vient de l’externe. La latence dans laquelle on s’installerait nous conduirait à la mort, c’est certain. On n’est pas un pays qui est productif. On a beaucoup d’imagination et de créativité, sauf que dans les PME en TI et en général, on a besoin d’être productif. Des études démontrent qu’on traîne de la patte. Si on continue comme cela, on va perdre! »

L’oeuf ou la poule

Denis Roy, le vice-président au développement des affaires du CRIM, rappelle que le Québec et le Canada ont longtemps été à l’avant-scène de la R&D à l’échelle mondiale en technologies de l’information et des communications. Ces moteurs, pour toutes sortes de raisons, sont disparus ou presque du portrait socio-économique.

Il constate la présence de mesures valorisantes pour le soutien des entreprises, mais il croit qu’une amélioration du maillage et une réduction des barrières aideraient grandement les organisations innovantes.

« Partout dans le monde, l’innovation vient des PME, et nous sommes chanceux ici d’avoir un tissu de PME en haute technologie qui se classeraient parmi les meilleures au monde en termes de capacité d’innovation et de production, estime M. Roy. On a des programmes de crédits d’impôt à la R&D parmi les plus généreux de la planète, sauf qu’on n’assure pas la facilité de financement des crédits recevables. »

« Qu’est-ce qui amène à dire ‘Qui met le premier dollar?’ Qui peut partir un projet basé sur des crédits d’impôt lorsqu’on doit obtenir de l’aide de différentes organisations, ne serait-ce que pour garantir auprès des banques l’obtention de la liquidité requise? C’est comme le phénomène de la poule et l’oeuf… »

« Non seulement il faut des programmes plus généreux, mais il faut assurer que les programmes [existants] soient plus accessibles, d’une façon plus rapide, au niveau du flux monétaire de nos PME. Quoique bien généreux, ces programmes ont beaucoup de barrières à l’entrée, ce qui en limite l’accessibilité », ajoute-t-il.

Formation et vision d’ensemble

M. Sanssouci concède qu’il n’est pas nouveau d’affirmer que la formation de la relève et de la main-d’oeuvre joue un rôle important en matière d’innovation. Il souligne toutefois que malgré les efforts de promotion des programmes scientifiques, la jeunesse s’y intéresse moins. À son avis, il faudra hausser le soutien des cours, mais aussi des apprenants, autant à l’école qu’en entreprise.

« On est très bon en créativité, mais quand vient le temps de faire un cours en chimie, en physique ou en informatique, cela prend de la discipline, du support et de l’encouragement note l’ancien directeur de cégep. Sauf que le premier réflexe, en temps de crise, est de couper dans la formation. Dans le fond, on se tire dans le pied de cette façon… »

Quant aux incitatifs d’adoption des technologies de l’information au sein des organisations, MM. Sanssouci et Roy prônent une évaluation globale qui permettrait d’améliorer la productivité dans son ensemble.

« Une entreprise, avec ses nombreuses fonctions, est comme un être vivant. On peut l’aider dans la commercialisation, mais si son système de comptabilité est incorrect elle va boiter. Il faut des programmes aux orientations plus globales, assez ouverts et flexibles pour permettre à des gens spécialisés de faire une forme d’audit, pour dire ce qui ne va pas et faire un programme adapté, tout comme on fait un programme de formation avec quelqu’un qui veut revenir au travail », croit M. Sanssouci, qui estime qu’un investissement gouvernemental pourrait investir à cette fin tout en exigeant des preuves de résultat.

« Dans le passé, les programmes d’informatisation visaient certains processus au sein de l’organisation, comme la vente, l’inventaire ou la paie. Maintenant, il faut traiter de façon plus globale et comprendre les forces et faiblesses du processus d’affaires et s’assurer d’y introduire des technologies pour améliorer l’efficacité et l’efficience. Il faut faire de l’analyse de cause à effet, prendre les éléments fondamentaux de l’organisation pour voir comment l’aider », ajoute M. Roy.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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