Technologies durables: le cordonnier est-il bien ou mal chaussé?


Alain Beaulieu - 29/04/2009

Les fournisseurs se targuent, à travers leur offre de produits et services, d’avoir à coeur la protection de l’environnement. Mais s’agit-il d’un discours vide, purement marketing? Survol des initiatives environnementales des principaux fournisseurs.

Plusieurs fournisseurs vantent les vertus environnementales de leurs produits et services. Ils affirment que ceux-ci contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à limiter le réchauffement de la planète et à réduire la consommation énergétique des organisations qui les utilisent. Ils soutiennent aussi que leurs produits intègrent moins de matières dangereuses pour l’environnement, qu’ils sont plus faciles à recycler, qu’ils peuvent être utilisés plus longtemps, etc.

Mais qu’en est-il de leur stratégie environnementale, en tant qu’entreprise? Mettent-ils en pratique ce qu’ils préconisent? Prêchent-ils par l’exemple, ou est-ce seulement un autre moyen – le dernier en vogue – de positionner leur offre sur le marché? Pour ce faire, nous avons fait le tour des récentes initiatives environnementales de six fournisseurs qui affirment avoir à coeur la protection de l’environnement, soit IBM, Intel, Microsoft, SAP, SAS et Google.

IBM

IBM, qui a adopté sa première directive d’entreprise liée à la protection de l’environnement en 1971, fait preuve de pionnier. L’entreprise a aussi fortement positionné, à grand renfort de publicité, son offre sur le marché des solutions « vertes ». C’est assurément l’un des fournisseurs, sinon le fournisseur qui a le discours environnemental le plus fort. Et d’après ce qu’il nous a été possible de constater, le fabricant donne l’exemple dans ses activités commerciales courantes, autant au niveau de la conception et de la fabrication de ses produits que dans l’utilisation des technologies et ses politiques de travail.

IBM a d’ailleurs reçu de multiples certifications, titres et récompenses pour son utilisation responsable des ressources. C’est dans cette perspective que le magazine Computerworld lui a attribué le titre de la première compagnie de TI verte pour 2008. Également, l’organisme de lutte contre le réchauffement de la planète Climate Counts et la coalition des investisseurs Ceres l’ont placée au premier rang des entreprises respectueuses du climat. Ceres, qui a rendu publics les résultats de son rapport en décembre 2008, a évalué les pratiques énergétiques de 63 entreprises d’envergure qui oeuvrent dans divers secteurs.

L’efficacité énergétique d’IBM, qui a aussi été soulignée par la firme de recherche Gartner en novembre dernier, a permis à l’entreprise d’économiser 4,6 milliards de kilowatts/heure entre 1990 et 2007, ce qui équivaut à 3,1 millions de tonnes métriques de CO2 et à une économie de 310 M$ US.

Plus près de nous, le magazine canadien pour l’entreprise responsable Corporate Knights a classé IBM Canada au premier rang des 50 meilleurs citoyens corporatifs du Canada en 2008. En outre, l’usine de micro-électronique d’IBM de Bromont au Québec a obtenu la certification de niveau 3 de Recyc-Québec pour ses efforts de réduction des émissions de carbone de plus de 50 % sur dix ans, son taux de recyclage de 93 % et la réduction de sa consommation d’eau de plus de 4 % sur cinq ans. Au cours des cinq dernières années, ces efforts de conservation de l’énergie ont d’ailleurs permis à IBM Canada de réaliser des économies totalisant 4,2 M$.

Au niveau du recyclage des matières consommées et utilisées à l’interne, notamment lors de la fabrication des produits, IBM Canada a réduit de plus de 85 % l’envoi de déchets non dangereux aux sites d’enfouissement en 2007, dépassant ainsi la cible corporative de 75 %. À l’usine de Bromont, l’entreprise, qui fait partie des membres fondateurs de l’organisme Recyclage des produits électroniques Canada, a même atteint un taux de réduction de 90 %. Moins de 3 % de ses déchets électroniques aboutissent dans les sites d’enfouissement.

De plus, l’entreprise encourage ses employés à recourir au télétravail, afin de réduire les déplacements en automobile et leurs impacts sur la production de gaz à effet de serre. Cela lui a d’ailleurs valu le titre d’employeur de l’année 2007 de la part de l’organisme Smart Commute 404/407. L’entreprise voit aussi à faciliter la réutilisation de l’énergie. C’est dans cette perspective qu’elle transfère au YMCA de Markham en Ontario la chaleur générée par le centre informatique du Lab logiciel de Toronto – le plus important au Canada – pour chauffer une piscine!

L’entreprise a aussi établi des partenariats et adhéré à diverses initiatives liées à la protection de l’environnement. C’est dans cette perspective qu’elle a mis sur pied l’initiative Eco-Patent Commons en janvier dernier, en partenariat avec le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), Nokia, Pitney Bowes et Sony. Il s’agit d’un regroupement d’entreprises dont l’objectif est de favoriser la mise au point et la généralisation de procédés de fabrication et de technologies écoresponsables au sein de l’industrie, en rendant publics les brevets qui y correspondent. Ainsi, toute entreprise peut y déposer les brevets qu’elle veut rendre publics ou encore collaborer avec d’autres entreprises pour mettre au point et soumettre de nouveaux procédés de fabrication « verts ».

IBM a aussi mis sur pied, en février dernier, un programme de validation environnementale destiné à ses partenaires d’affaires. Appelé « Ready for IBM Energy & Environment », ce programme permet aux clients de connaître – chiffres à l’appui – la performance environnementale des solutions proposées par les entreprises partenaires d’IBM, afin d’inciter ces dernières à offrir des solutions plus « vertes ».

En outre, IBM s’est joint en février dernier au consortium de recherche EDISON, dont l’objectif est de permettre la mise au point d’une infrastructure intelligente rendant possible l’adoption à large échelle de véhicules propulsés par énergie durable (électrique ouhybride). Localisé auDanemark, le consortium comprend aussi Siemens et l’Université Technique du Danemark.

Puis enmars,le fabricant a rendu publics les résultats de son projet Global Innovation Outlook (GIO), lancé à l’automne dernier, dont l’objectif était d’établir des stratégies de gestion des systèmes hydriques de la planète de façon plus efficace. Des insuffisances importantes au niveau des systèmes et des données de gestion de l’eau ont alors été identifiées. En réponse à cette constatation, IBM a mis sur pied le projet pilote SmartBay avec l’Institut maritime d’Irlande pour collecter et analyser en temps réel diverses données maritimes.

Un autre exemple de la conscience écologique d’IBM : le fabricant s’est engagé en janvier dernier à rénover un édifice historique où il établira un centre de livraison de services technologiques à Dubuque en Iowa de sorte à le rendre écologique et plus efficace au niveau de l’utilisation de l’énergie.

Intel

Intel a placé l’informatique verte en tête des cinq innovations technologiques qui transformeront l’industrie de façon durable. L’entreprise investit de façon substantielle dans des projets de R&D visant à optimiser l’utilisation de l’énergie par les appareils électroniques et à accroître l’utilisation d’énergie propre et renouvelable, c’est-à-dire sans danger pour l’environnement. C’est dans cette perspective qu’en 2008 elle a investi plus de 100 M$ US dans des projets de R&D liés à l’utilisation de l’énergie solaire. La même année, l’entreprise investissait 20 M$ US dans l’entreprise chinoise Trony Solar, 50 M$ US dans le fabricant de panneaux solaires SpectraWatt, 35 M$ US dans le producteur allemand de pellicules solaires Sulfurcell, et 12,5 M$ US dans Voltaixs, un fabricant de composants pour des semi-conducteurs et des piles solaires.

Le fabricant a aussi recours, dans le cadre de ses opérations courantes, à de l’énergie « verte ». C’est dans cette perspective qu’il s’est engagé en 2008 à acheter auprès du fournisseur Sterling Planet des certificats équivalant à plus de 1,3 milliard de kilowatts-heures d’énergie renouvelable par année, ce qui couvrirait 47 % de ses besoins énergétiques et en ferait le plus important acheteur d’énergie verte aux États-Unis. Intel a également mis sur pied, en 2008, des installations à Hillsboro en Oregon et à Bangalore, en Inde qui utilisent de l’énergie solaire. Les efforts du fabricant au chapitre de la conservation de l’énergie lui ont permis d’économiser plus de 40 M$ US depuis 2001.

Qui plus est, l’agence américaine de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency) a décerné au fabricant, en octobre dernier, le prix 2008 Green Power Leadership Award, en plus de le nommer Partenaire énergétique vert de l’année (Green Power Partner of the Year), pour souligner sa contribution à la lutte contre le réchauffement de la planète.

L’année précédente, la même agence a attribué à l’entreprise le prix 2007 Water Efficiency Leader, en récompense des efforts déployés par Intel pour réduire sa consommation d’eau, réutiliser et recycler l’eau utilisée à ses installations de Chandler en Arizona. L’agence a lui aussi décerné en 2006 le titre de l’entreprise favorisant le plus le télétravail, pour souligner la réduction de la quantité de gaz à effet de serre généré par les déplacements en automobile.

Microsoft

En mars dernier, Microsoft a fait savoir qu’il prévoyait réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2012, en référence au niveau de 2007. L’entreprise compte y arriver en améliorant l’efficacité énergétique de ses établissements et de ses activités opérationnelles, en réduisant les déplacements de ses employés et en utilisant davantage d’énergie renouvelable.

En 2008, l’entreprise de logiciels a économisé 90 M$ US en frais de déplacement en utilisant des solutions de communications convergentes. Dans le cadre d’un projet d’expansion en cours à son bureau chef évalué à un milliard $ US, la firme de Redmond intègre des dispositifs à efficacité énergétique accrue à ses nouveaux locaux.

En février dernier, Microsoft s’est entendue avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) pour collaborer à un projet visant à accroître la contribution des TIC à la compréhension des défis environnementaux complexes actuels. La firme entend mettre sur pied des logiciels et des technologies facilitant la collecte et le traitement des données environnementales, ainsi que des logiciels permettant de gérer les différents enjeux reliés au réchauffement de la planète.

L’an dernier, l’entreprise, qui dispose d’un programme corporatif de développement durable, s’est engagée à soutenir quatre projets de recherche universitaire ayant pour objectif de trouver des moyens d’accroître l’efficience énergétique des systèmes informatiques – notamment dans les centres de données – de la gestion de l’alimentation électrique et des architectures parallèles. Une bourse totale d’un demi-million $ US a été attribuée aux chercheurs sélectionnés par Microsoft, lesquels oeuvrent à l’Université du Tennessee, à l’Université Stanford, à l’Université Harvard et à l’Université d’Oklahoma.

Microsoft Research, la division R&D de la firme de logiciels, mène aussi divers projets de recherche visant à fournir aux scientifiques des outils leur permettant d’améliorer l’accès aux données et leur analyse dans le cadre de projets d’études environnementales.

SAP

L’éditeur de progiciels reconnaît que son succès à long terme est dépendant de sa capacité à fournir à ses clients des solutions respectant les principes du développement durable et à appliquer ces mêmes principes à l’interne. Ainsi, SAP a mis sur pied en mars dernier une division responsable de la mise en oeuvre de ses initiatives de développement durable, tant internes qu’externes, au niveau de ses produits. Cette division est sous la direction de Peter Graf, le responsable des produits et de la stratégie de développement durable de l’entreprise.

L’entreprise allemande s’est aussi engagée à réduire de 51 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, en référence à 2007. Ce faisant, la firme ramènera son niveau d’émission à celui atteint en 2000, soit 250 000 tonnes de gaz carbonique. SAP entend réduire ses émissions directes et indirectes, telles que celles générées par les déplacements de ses employés, lesquels sont responsables de 42 % de ses émissions totales.

En outre, SAP a étendu sa relation avec l’entreprise TechniData, ce qui lui permettra de proposer à ses clients une solution intégrée de gestion des impacts environnementaux, sur la santé et la sécurité publique, appelée SAP Environment, Health, and Safety Management (EHS Management).

Toujours en mars 2009, le fournisseur a annoncé qu’il allait virtualiser 500 serveurs internes en utilisant la solution de virtualisation XenServer de Citrix, afin de réduire son parc de serveurs physiques et son impact sur la production de gaz à effet de serre. Le fabricant a aussi mis en oeuvre la technologie de virtualisation des applications XenApp du même fournisseur. SAP s’attend à réduire de 35 % ses coûts en serveurs, incluant les coûts en électricité, et de 600 tonnes la quantité de gaz à effet de serre produite annuellement. Le fabricant entend commencer à déployer sa stratégie de virtualisation à ses bureaux de Saint Leon Rot en Allemagne, pour ensuite s’étendre en Asie et aux États-Unis.

SAS

En juin dernier, SAS s’est allié aux firmes spécialisées dans le secteur de l’énergie solaire Progress Energy Carolinas et Sun-Power pour mettre sur pied, à même son établissement de Cary en Caroline du Nord, une centrale d’énergie solaire qui fournira de l’électricité à la communauté locale. Cette centrale doit fournir 1,7 million de kilowatts-heures par année et contribuer à réduire de 1 600 tonnes la quantité de gaz à effet de serre produite annuellement. Sa mise en opération était prévue pour la fin de l’année 2008.

Google

Depuis l’été 2007, Google a recours à des panneaux solaires, déployés sur le toit de pratiquement tous les édifices à son siège social, pour satisfaire environ le tiers de ses besoins énergétiques. L’entreprise prévoit aussi se doter d’une flotte de 100 véhicules électriques pour les déplacements de ses employés.

Initiatives conjointes

À ces initiatives individuelles s’ajoutent diverses initiatives industrielles collectives, comme le Climate Savers Computing Initiative, à laquelle ont pris part en 2007 IBM, Intel, Microsoft, Lenovo, HP, EDS, Dell et Google. Le projet vise à réduire de 54 millions de tonnes la quantité de gaz à effet de serre produite et de 5,5 milliards $US les coûts reliés à la consommation d’énergie par année en créant des composants et des systèmes informatiques à faible consommation énergétique et en incitant les gens à les utiliser.

Il y a aussi la journée « Power IT Down Day », qui avait lieu le 27 août 2008 et à laquelle ont pris part Citrix, HP et Intel. Cette activité visait à sensibiliser les entreprises et les organisations gouvernementales à fermer les ordinateurs et les périphériques lorsqu’ils ne servent pas.

Conclusion

Dans l’ensemble, le discours des fabricants se reflète donc dans leurs opérations courantes. Il ne s’agit donc pas d’un discours vide. Par conséquent, à la question initiale – le cordonnier est-il bien chaussé? – on peut répondre par l’affirmative. L’industrie est donc bien sensibilisée à l’importance de protéger l’environnement et elle agit en conséquence.

Avec le service de nouvelles IDG