Treize prédictions pour l’année 2009


Jean-François Ferland - 20/01/2009

La firme Deloitte formule treize tendances qui pourraient s’affirmer dans les secteurs des technologies, des médias et des télécommunications au cours de l’année.

À chaque année qui commence, des analystes et des conseillers y vont de prédictions qui pourraient marquer l’évolution d’un marché ou de la société. Le domaine des TIC n’y échappe pas, alors que la firme de services-conseils Deloitte fait treize prévisions en technologies, médias et télécommunications (TMT) pour l’année 2009.

Pierre Brodeur, chef du secteur des TMT et associé au bureau de Montréal de Deloitte & Touche, commente ces tendances. Il explique que ces prédictions ont été formulées au terme d’un sondage réalisé auprès de 6 000 professionnels de Deloitte, de clients, d’analystes et de meneurs sectoriels.

Technologies

1- La naissance des réseaux électriques intelligents. Un souhait grandissant de réduire ou réguler la consommation d’énergie, pour éviter le gaspillage ou les pannes, incitera les fournisseurs d’électricité et les organisations clientes à doter leurs réseaux électriques d’une certaine forme d’intelligence. On s’attend à ce que les gouvernements et les entreprises consacrent des sommes importantes à l’ajout de composantes et d’interfaces qui serviront à contrôler et à gérer, à l’aide de logiciels, l’utilisation efficace et à moindre coût de l’électricité sur un réseau de distribution, dans un édifice ou dans une usine. M. Brodeur donne l’exemple de thermostats programmables ou qui pourront être contrôlés à distance.

« Ici au Québec, nous sommes privilégiés, mais à beaucoup d’endroits aux États-Unis et dans d’autres parties du Canada les réseaux sont vétustes, souligne-t-il. Mais Hydro-Québec a quand même atteint un record de consommation électrique. Nous sommes avant la voiture électrique et l’utilisation de nouveaux produits qui fonctionneront à l’électricité. »

2- La montée des miniportatifs. Ces ordinateurs portatifs qui sont plus compacts et destinés à être branchés aux réseaux de données sans fil, qui sont dotés de moins de fonctions qu’un ordinateur portatif conventionnel, mais offerts à prix plus abordables, connaîtront un gain de popularité au cours de l’année.

« La plupart des fonctions sur un ordinateur portable ne sont pas utilisées par la majorité du monde. Ils l’utilisent pour se connecter à Internet, utiliser des feuilles de calcul et accéder au courriel. Les miniportatifs ne sont pas chers – ils coûtent entre 400 $ et 500 $, mais on s’attend à ce qu’il y ait plus de compétition et que les prix seront encore réduits », soutient M. Brodeur, en soulignant que plusieurs municipalités instaurent des réseaux Wi-Fi pour faciliter l’accès à Internet.

3 – Une meilleure gestion du stockage des données. Le stockage de données coûte beaucoup moins cher que dans le passé, alors que le prix moyen au gigaoctet d’un disque rigide a grandement diminué. Or, les utilisateurs de l’informatique accumulent une très grande quantité de fichiers, ce qui crée des enjeux de récupération de l’information, ce qui ferait augmenter le coût total associé au stockage.

« Stocker de l’information finit par coûter cher, car il peut être dispendieux de retrouver cette information. C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin, illustre M. Brodeur. Quand on veut retrouver quelque chose, c’est difficile. Des logiciels seront développés pour aider les individus à retrouver l’information stockée, pour ne pas perdre de temps, notamment à l’aide de filtres. Dans un entrepôt qui est plein de produits, cela prend un bon code et une bonne gestion de l’information. »

4 – Les réseaux sociaux envahiront les organisations. Le réseau Facebook connaît une grande popularité auprès des internautes, à titre de citoyens numériques. La firme Deloitte s’attend à ce que 2009 soit l’année où les organisations inciteront leurs employés à utiliser les réseaux sociaux pour interagir et communiquer, qu’ils soient au bureau, à la maison ou sur la route.

Toutefois, M. Brodeur estime que les réseaux déjà établis et populaires seront plus attrayants que des réseaux développés pour une utilisation interne.

« C’est au Canada que l’on trouve le plus haut taux de pénétration de Facebook sur la planète, indique-t-il. On peut devenir ainsi un meneur de l’intégration de cette technologie dans cette entreprise. C’est un outil qui ne coûte pratiquement rien à utiliser, ce qui est l’avantage pour avoir accès facilement à des centaines d’employés. Il est probable qu’on aura accès à nos employés en développant des réseaux sociaux internes, mais il y aura une comparaison du coût de développement d’un réseau interne et celle de l’utilisation d’un réseau externe. Mais l’utilisation des réseaux sociaux va augmenter. »

Médias

5 – Les journaux traditionnels abandonneront leur version papier. Selon Deloitte, il en va de la survie de ces médias. Le Christian Science Monitor a abandonné ses éditions en semaine, le New York Times a vendu son édifice pour se renflouer, le Chicago Tribune se protège de ses créanciers. Le coût du papier et le déplacement des annonceurs vers l’Internet constitueront un poids dans la balance.

« Au Canada on est un peu en retard sur les autres pays, mais il y a une migration des lecteurs et des annonceurs vers Internet, note M. Brodeur. Cela ne se fera pas [totalement] en 2009, mais le lecteur traditionnel quitte le journal en papier pour aller vers la version Internet. On le voit par l’épaisseur des journaux, qui ont moins de pages qu’il y a 3 ou 4 ans. »

« On le voit un peu moins avec les magazines, mais les gens ont un certain nombre d’heures à consacrer [à la lecture] et vont surfer sur les sites d’information pour en avoir suffisamment pour leurs besoins. Et quand on surfe sur le Web, on voit fréquemment des fenêtres-pub, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

6 – La relève à l’avant-scène. En raison du retrait de commanditaires majeurs, qui sont en difficulté financière, les artistes et les équipes sportives indépendantes pourraient remporter plus de succès que les grands artistes, en raison du prix moindre de leurs billets.

Selon M. Brodeur, une incidence de cette tendance serait, par exemple, la diminution du coût des pièces musicales vendues par téléchargement.

7- La radio Wi-Fi plus abordable. La radio accessible par Internet sans fil, sous la forme d’un appareil compact portatif, pourrait connaître un essor en 2009. Toutefois, la technologie permettra l’insertion de publicités localisées en fonction de l’endroit à partir duquel l’auditeur écoute une station de radio, « On pourra écouter à Vancouver une station de radio de Montréal, mais entendre une publicité locale d’un commerce de Vancouver », illustre M. Brodeur.

8 – La publicité sur les téléphones mobiles. Deloitte prédit que le téléphone portable deviendra un panneau réclame! Cette tendance serait en émergence dans certains marchés de la planète. D’ailleurs, l’insertion de publicités sur les téléphones ne se traduira pas une réduction des coûts d’utilisation des services téléphoniques, mais plutôt en une nouvelle source de revenus pour les fournisseurs.

« Il y a beaucoup d’utilisateurs de téléphones cellulaires au Canada et cela constituera un moyen pour les annonceurs de rejoindre les consommateurs pour tenter d’augmenter la consommation de leurs produits, prédit M. Brodeur. Le CRTC a accordé cinq licences pour l’établissement de nouveaux réseaux de téléphonie, et aux aussi vendront de la publicité pour payer leurs réseaux. »

Télécommunications

9 – La poursuite de la progression des téléphones intelligents. Alors que l’attrait pour ces appareils s’intensifiera, M. Brodeur croit que les fabricants d’appareils devront intensifier leurs efforts pour en faciliter l’adoption. « Les fabricants devront peut-être réduire leurs coûts, simplifier certaines fonctions et investir en marketing, pour que les fournisseurs de services téléphoniques puissent continuer à justifier les subventions accordées aux téléphones intelligents. Un Blackberry ou un iPhone acheté à 300 $ coûte 500 ou 600 $ au fournisseur », indique-t-il, en faisant mention d’un ralentissement de la demande en raison de la situation économique.

10 – Resserrement de la communication numérique. Selon Deloitte, en raison de l’augmentation du nombre de courriels et de messages textes reçus par un individu, les organisations observent une surcharge d’information qui a un impact négatif sur la productivité des employés. Ainsi, les organisations pourraient établir des politiques de restriction ou de réduction de la réception et de l’utilisation de la communication numérique.

« Les communications électroniques ont servi à augmenter la productivité au cours des dernières années, mais trop c’est peut-être trop. On reçoit beaucoup d’informations par courriel et on y porte moins d’attention qu’auparavant parce qu’on reçoit trop, affirme M. Brodeur. Certaines entreprises vont mettre en place des politiques pour gérer ces communications, par exemple pas de courriel le vendredi. On ne sait pas comment elles vont choisir de gérer [cet enjeu], mais elles pourront chercher à limiter le nombre de messages en formant le personnel sur l’utilisation appropriée de ces outils, en encourageant les mises hors connexion temporaires et en limitant les envois. »

11 et 12 – Amélioration de la réseautique à large bande. Pour ses deux dernières prédictions en télécommunications, Deloitte s’attend à ce que les exploitants de réseaux cellulaires mettent à niveaux leurs réseaux pour accroître la large bande. La firme prédit également l’établissement de consortiums et l’implication accrue des gouvernements pour l’établissement de réseaux à fibre optique dans les régions mal desservies, où les concurrents partageront une infrastructure et se démarqueront par leurs services.

13 – Le fureteur au centre de l’exploitation informatique? Enfin, Deloitte prédit que le fureteur Internet fera l’objet d’améliorations importantes pour l’obtention d’une fiabilité accrue, autant sur les ordinateurs que les téléphones mobiles. La firme estime même que ce logiciel de navigation pourrait remplacer le système d’exploitation, dans un contexte d’informatique en nuage et de services logiciels.

Est-ce que le développement de l’industrie et du marché des TIC donnera raison aux prédictions des « technodevins » ? À suivre…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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