Ubisoft obtient une injonction contre Martin Tremblay


Jean-François Ferland - 05/05/2006

L’ex-PDG du studio montréalais se voit interdire provisoirement d’oeuvrer pour tout concurrent en Amérique du Nord d’ici à ce qu’une cause soit entendue en cour le 9 mai prochain.

Alors que le domaine du jeu vidéo en est un où les combats entre belligérants font souvent rage sur les écrans cathodiques, voici qu’une bataille s’amorce devant les tribunaux entre Ubisoft Divertissements et Martin Tremblay, l’ancien PDG de son studio montréalais qui a récemment été embauché par Videndi Universal Games.

Lundi dernier, le juge Robert Mongeon de la Cour supérieure du Québec accordait à Ubisoft Divertissements une injonction provisoire qui ordonne à Martin Tremblay de cesser de travailler de façon directe ou indirecte pour toute entreprise du secteur du divertissement qui fabrique ou commercialise des jeux vidéo qui font concurrence aux produits de son ancien employeur.

Ubisoft aurait demandé une injonction en fonction de clauses contractuelles de non-concurrence et du principe de confidentialité d’informations stratégiques obtenues par M. Tremblay dans le cadre de son travail.

En mars dernier, Martin Tremblay annonçait qu’il avait remis sa démission du poste qu’il occupait depuis plusieurs années à la tête du studio québécois d’Ubisoft. Quelques semaines plus tard, Vivendi Universal Games annonçait son embauche pour œuvrer au studio de développement de jeux vidéo de l’entreprise qui est situé à Los Angeles en Californie.

Ubisoft a d’ailleurs publié un communiqué où elle cite des propos qu’aurait prononcés le juge en référence à une cause similaire d’embauche concurrentielle pour laquelle M. Tremblay avait alors plaidé devant les tribunaux au nom de son ancien employeur. Le juge aurait déclaré que « (Martin Tremblay) a choisi en pleine connaissance de cause d’accepter un emploi chez Vivendi, sachant fort bien qu’il se dirigeait vers une importante confrontation, ne serait-ce que pour poursuivre la logique du dossier qu’il avait lui-même piloté dans le litige ayant opposé Ubisoft à Electronic Arts en 2003. Provoquer le conflit pour ensuite plaider en subir les inconvénients est, à tout le moins, la démonstration d’une certaine forme d’outrecuidance. »

En juillet 2003, cinq employés-clés d’Ubisoft Divertissements affectés au développement du jeu Splinter Cell avaient remis leur démission et avaient été embauchés par Electronic Arts qui, quelques semaines plus tard, annonçait l’ouverture d’un studio de développement à Montréal. Ubisoft avait alors porté plainte devant un tribunal du Québec pour obtenir une ordonnance d’injonction envers ses ex-employés en rapport à la confidentialité des renseignements obtenus chez Ubisoft et une clause de non-concurrence (voir une lettre d’information du cabinet d’avocat Stikeman Elliott publié à ce sujet en mars 2004).

Démission ou congédiement?

Dans un article publié par le quotidien montréalais La Presse au lendemain de la publication du communiqué d’Ubisoft faisant état de l’injonction provisoire, Martin Tremblay aurait déclaré qu’il aurait été en quelque sorte congédié par son ancien employeur.

M. Tremblay aurait indiqué que la direction de l’entreprise, qui est située en Europe, lui aurait graduellement retiré des tâches depuis l’automne 2005 pour les rapatrier au siège social. Il aurait également affirmé que l’entreprise s’apprêtait à ouvrir un deuxième studio de développement de jeux vidéo à Montréal qui n’aurait pas été sous sa responsabilité.

Ce studio, selon ses dires, aurait été dirigé par Yannis Mallat qui lui a succédé à la tête du studio de développement de Montréal. M. Tremblay n’aurait pas apprécié le traitement réservé à son endroit par son ancien employeur dans cette affaire, notamment par la diffusion du communiqué faisant état de l’injonction provisoire.

L’injonction est valide jusqu’au 9 mai, le jour où le juge entendra les arguments des deux parties et décidera ensuite si l’injonction à l’endroit de Martin Tremblay mérite d’être accordée de façon permanente. Le cas échéant, M. Tremblay serait forcé d’œuvrer sur un autre continent s’il comptait poursuivre sa carrière dans l’industrie du jeu vidéo.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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