Une histoire de PC dont vous êtes le héros


Nelson Dumais - 06/03/2009

Le prix des PC baisse. L’âge du vôtre augmente. Que faites-vous? En raison du contexte économique est-ce que vous usez votre PC actuel jusqu’à la corde ou si vous profitez des aubaines pour le remplacer? Dilemme.

Hier, quelqu’un me faisait remarquer qu’à son travail, il ne bricolait pas de photos, il ne composait pas de pièces musicales, il ne créait pas de DVD et il n’ouvrait jamais de jeux vidéo. Il utilisait des applications maison et quelques fonctions élémentaires de Microsoft Office XP. Tant et si bien, me disait-il, qu’il pourrait être productif à 100 % avec son vieux P2/300 récemment mis aux vidanges. Pourtant, son PC était un HP assez fort pour gérer à lui seul la confédération des petites villes de Montréal. « La crise économique, me disait-il, va au moins nous faire prendre conscience qu’on a trop longtemps jeté nos os gras! »   Effectivement. Imaginez-vous aux commandes d’un P2/300, une machine de 12 ans où Win 98 a été remplacé par Win 2000, où la RAM a été rehaussée à 256 Mo, la vidéo à 64 Mo, le disque rigide à 2 Go, le lecteur de CD remplacé par un graveur de DVD et la carte réseau troquée contre une 100 Base-T. Vous utilisez Office 2000, une version quand même récente d’Antidote, Firefox accepte de fonctionner, votre antivirus gratos est signé AVG et vous avez installé tous les Services Packs réglementaires. Quant à votre moniteur, il pèse une tonne, mais vous offre une diagonale de 17 pouces. Seule ombre au tableau, s’il en est, votre jeu de clavier-souris n’est pas sans fil. Que voulez-vous de plus pour être productif? En prime, tout ce bazar coûte à peine le prix d’un repas au centre-ville. Non arrosé, le repas!   En revanche, vous vous retrouvez privé de toute l’évolution que représente Win XP SP3 32 bits par rapport à Win 2000 (je présume que vous êtes de ceux qui ont ignoré Win Vista ou les SE à 64 bits). Il vous faut oublier tous les raffinements dont Microsoft Office regorge depuis, notamment, sa version 2003, le ravissement d’être en mode WiFi, le plaisir indicible d’utiliser du costaud, p. ex. un disque de 7200 RPM, une RAM de 2 Go, une carte graphique de 512 Mo et tutti quanti. Mais, bon! Vous accomplissez votre travail sans aucune perte de productivité. Vous vous dites que les temps sont difficiles et qu’il vous faut vous serrer la ceinture. Pourquoi dépenser pour du neuf quand le vieux fonctionne encore à merveille?   Transposons dans la vraie vie. J’ignore si depuis l’hiver, votre portefeuille ne vaut plus que des nèfles, ou si, au bureau, le quart de vos collègues est parti. Disons simplement que vous êtes conscient qu’il vous faut impérativement couper dans les dépenses et que vous devez tout tenter pour économiser. Ainsi, à la fin de l’automne, vous avez fait ramoner votre cheminée et inspecter votre poêle à bois. Vous avez acheté plusieurs cordes de bois et depuis, vous avez diminué considérablement votre facture d’électricité.

En même temps, vous vous êtes aménagé une cabane isolée où, désormais, douze poules vous fournissent vos œufs, quelques lapins une partie de votre viande, sans oublier l’engrais pour la petite serre accrochée au côté sud de la maison. Évidemment, il vous manque des moutons pour tisser votre laine, des vaches pour vos produits laitiers et des cochons pour vos fringales charcutières! Ah, j’oubliais. Vous avez signifié à votre ado que dorénavant, vous ne lui serviriez plus de taxi, l’essence étant horriblement chère, et qu’il devrait se débrouiller en vélo, à pied ou avec des amis mieux nantis. Votre père n’avait-il pas dû marcher deux kilomètres par jour pour se rendre à l’école?

Or voilà que vers la fin de l’hiver, un inspecteur se pointe chez vous. Non seulement décrète-t-il que votre poêle à bois est polluant et dérogatoire par rapport aux lois municipales, provinciales, fédérales et onusiennes, mais il vous brandit le règlement interdisant la présence d’animaux à l’exception de ceux dont la vocation est d’être de compagnie. Bon gars quant même, il vous avertit que votre serre, telle qu’érigée, risque de faire pourrir le revêtement de votre maison. Puis, avant de quitter, il vous colle sous le nez quelques contraventions dont la somme équivaut à trois fois le montant des économies que vos bricolages ont su générer depuis la fin de l’automne. Vous lorgnez votre ado qui ricane de contentement et, allez savoir pourquoi, un soupçon traverse votre esprit à l’effet qu’il soit à l’origine (délation?) de la visite du fonctionnaire municipal.   Revenons maintenant à votre P2/300 sous Win 2000. Personne ne viendra vous sermonner, vous mettre à l’amende, vous interdire de l’utiliser. Même votre ado n’en aura rien à cirer, tant que le fureteur résidant lui permettra de se rendre sur Facebook ou sur MSN. Évidemment, si vous lui interdisez LimeWire, il râlera, mais ne pourra vous dénoncer à personne. Il chialera également quand le vieux disque de 2 Go crèvera, suivi, trois semaines plus tard, du bloc d’alimentation qui rendra l’âme. Et il bougonnera à chaque fois qu’il devra cogner le dessus du moniteur CRT pour qu’il affiche correctement. Reste que vous êtes fier de vous. Vous en parlez à tout le monde.   Et il en est ainsi jusqu’à ce qu’une vantardise odieuse de votre beau-frère, ce salopard qui vous pompe l’air presque tous les samedis après-midi, vous amène à prendre conscience que vous faites peut-être fausse route. Ce désagréable personnage à qui vous avez incidemment tout appris en informatique, vient de s’acheter chez Dell Canada un gros PC architecturé autour d’un processeur Core 2 Quad d’Intel à 2,33 GHz et nanti de 4 Go de RAM, d’un disque SATA de 320 Go, de la mouture 64 bits de Vista Home Premium et d’un moniteur ACL de 20 pouces. Le prix de vente que vous lisez sur la facture est de 699 $. En prime, il y a une garantie d’un an.

Autrement dit, le beau-frère est maintenant à des années lumières de vous et n’a à consentir aucun sacrifice; s’il veut s’amuser avec des photos, de la vidéo ou de la musique, il le peut. Cela pour 700 $, soit le prix d’un traitement de canal moyen, de deux paires de lunettes, de trois épiceries, d’un versement hypothécaire, d’une mensualité moyenne de carte de crédit, de quatre pneus d’hiver. Frustré, presque jaloux, vous allumez votre P2/300 et allez sur le site de Dell. Là, vous découvrez d’autres aubaines, dont des Dual Core tout garnis à 600 $.   Que faites-vous?   a) Vous persistez dans votre croisade anti-gaspillage et vous conservez votre vieille réguine. Auquel cas, vous êtes un modèle, quelqu’un à qui on peut se fier pour passer au travers d’une crise;  

b) Vous vous développez une savantissime justification vous permettant d’acheter la divine machine Dell à 700 $. N’est-elle pas moins polluante et moins énergivore que votre antiquité de douze ans? En outre, vous appliquez ce que tous les entrepreneurs psalmodient ces temps-ci : en temps de crise, il faut faire plus avec moins. Auquel cas, vous êtes un petit malin et choisissez de vous offrir des possibilités accrues dans un contexte de très grosse économie.  

c) Vous faites exactement la même chose qu’à l’hypothèse (b), mais vous appliquez l’aphorisme voulant qu’on ne jette pas ses os gras. Auquel cas, vous refilez votre P2/300 à votre ado et verrouillez votre nouvelle machine Dell d’un mot de passe très très songé. « Si ça fait pas ton affaire, mon chose, t’as rien qu’à aller jouer dehors! » lui criez-vous au plus profond de son sous-sol.  

d) Vous ne faites rien et attendez. Vous vous dites que si de redoutables idiots comme votre beau-frère peuvent s’offrir des quadricoeurs Intel tout équipés, 20 pouces ACL inclus, pour 700 $, il y a vraiment quelque chose d’extraordinaire qui se passe et le temps ne peut que jouer en votre faveur. Auquel cas, vous êtes quelqu’un de bien renseigné qui lit les bons articles en temps de crise. En fait, vous prenez le pari – ce qui n’est pas bien risqué – que la même bête pantelante vous soit offerte à 550 $ le moins prochain, ce qui vous permettra de rire de votre andouille de beau-frère à gorge déployée.  

Quelle est la bonne réponse? Je l’ignore. C’est vous le héros de cette histoire, pas moi!

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Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.




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