Windows Vista le mal-aimé


Nelson Dumais - 11/04/2008

PERSPECTIVES Quoi que Steve Ballmer dise, quoi que l’homme fort de Microsoft fasse, Windows Vista semble boudé par l’univers corporatif. Et son pire ennemi n’est pas Linux ou Mac OS X, mais bien Windows lui-même. Analyse.

Compte tenu des espoirs suscités, des sommes investies en R&D et des efforts consacrés au marketing, Vista serait, dans l’histoire de Microsoft, un bide aussi pire que celui de Windows ME. Tant et si bien que les rumeurs d’un système de remplacement pour 2009 (« Windows 7 ») vont bon train, incluant chez Microsoft. Pour le moins, Vista est devenu un sujet émotif alors que Windows XP, dont on attend impatiemment le Service Pack 3 d’ici quelques semaines, un sujet réconfortant.

Dans une étude publiée en février dernier par Forrester Research, on apprenait qu’un an après le lancement de Windows Vista en giron corporatif, seulement 6,3 % des entreprises américaines l’utilisaient et que, dans la plupart des cas, il s’agissait du remplacement de vieux PC sous Windows 2000.

Et dans une étude, réalisée celle-là à l’automne 2007 auprès de grandes entreprises américaines et européennes, la même firme de recherche démontrait que Windows XP se retrouvait dans 84 % des PC utilisés, comparativement à… 67 % en 2006. Un peu décourageant! Quant à des chiffres plus globaux, il y a ceux de Market Share (Net Application) qui démontrent, tous microordinateurs confondus, que dans 74,5 % des cas, on utilisait Win XP, 12,9 % Vista, 7,5 % Mac OS, 2,5 % Win 2000, 0,7 % Linux et 1,9 % autre chose.

Relativement parlant

Analysons la situation autrement. Dans sa dernière allocution en tant que numéro 1 de Microsoft (au Computer Electronics Show (CES) de janvier dernier à Las Vegas), Bill Gates s’était félicité du fait que 100 millions de copies de Vista avaient été vendues en 2007. Or, si on épluche ce chiffre, il ne représenterait que 39 % des ventes mondiales de PC au cours de la même année. Selon la firme de recherche Gartner, il se serait en effet vendu 255,7 millions de PC durant la première année de Vista sur le marché (on ne parle pas ici de Mac). Le 61 % demeurant serait surtout le fait de machines sous XP, en considérant, cependant, que de plus en plus de PC sont vendus sans système d’exploitation, notamment en Chine (sans oublier la lente montée du « savorama » Linux, dont Ubuntu).

Or, à l’édition 2003 du CES de Las Vegas, Gates avait affirmé que son entreprise avait vendu 89 millions de copies de Windows XP durant l’An 1 de ce produit, lourde année post 9-11 où, selon Gartner, il se serait quand même écoulé 132,4 millions de PC. Si on compare les résultats obtenus par les deux systèmes d’exploitation, force est d’admettre que Vista a dépassé XP par 11 millions d’exemplaires, mais que, et c’est là le point douloureux pour les stratèges de Microsoft, XP s’est retrouvé dans 67 % des PC vendus dans les 12 premiers mois, contre seulement 39 % pour Vista.

Pour continuer dans les analyses accablantes pour Vista, diverses études démontrent que 90 % des ventes de ce système d’exploitation s’expliquent par l’achat d’un PC neuf dont il fait partie en version OEM. Autrement dit, les belles boîtes « encellophannée » de Microsoft ne se vendent pas. Trop chères? Le 29 février dernier, Microsoft en abaissait le prix d’environ 80 $, mais rien n’indique que la tendance ait été inversée. Crainte d’acheter un produit instable mal débogué? À la mi-mars, Redmond lançait le Service Pack 1 de Vista. Encore là, rien ne permet d’affirmer que les ventes aient repris.

Le pire, c’est qu’avec les PC neufs, ceux qu’achètent les entreprises, on retrouve très souvent une licence de XP en plus de Vista. Par exemple, pour vous écrire cette chronique, j’utilise un xw8600 WorkStation de Hewlett-Packard (Quad Core Xeon de 2,5 GHz) flambant neuf où XP est installé par défaut, alors que Vista (Business Edition) est sur un DVD quelque part dans la boîte.

Pis encore, l’économie américaine n’est pas au mieux, et par effet de globalisation idem pour l’économie nord-américaine, voire mondiale, ce qui amène certains analystes à parler de récession. En février dernier, la firme de recherche ChangeWave Research publiait les résultats d’un sondage démontrant que 23 % des entreprises étatsuniennes entendaient réduire leurs dépenses en TI, contre 13 % en novembre 2005. À l’inverse, 15 % estimaient que leurs dépenses en TI s’accroîtraient, contre 36 % en 2005. Comme Vista est surtout le fait de versions OEM fournies à l’achat d’un PC neuf, la perspective présentée par ChangeWave a de quoi faire frémir Steve Ballmer. Ce qui pourrait signifier que XP sera utilisé, plus que jamais, en entreprise.

Sauvez XP!

En ce sens, le pire ennemi de Vista s’avère ce bon vieux XP, un produit lancé en octobre 2001 que bon nombre d’entreprises n’ont pourtant déployé que récemment. Toutes leurs applications d’affaires fonctionnent sous ce système d’exploitation, leurs employés ont fini par y être à l’aise, leurs clients l’utilisent également et tout va bien. Alors, « why fix it if it ain’t broken ? ». D’où le SP-3 tant attendu! D’où les pétitions, par exemple, SaveXP ou encore sa cousine canadienne SaveXP.ca, pour que Microsoft prolonge la durée de vie de Windows XP. D’où le regain dans les ventes de PC sans systèmes d’exploitation où on installe une vieille version de XP.

Cela sans compter les calomnies justifiées ou non (le débat est devenu très émotif) qui circulent contre Vista. On le dit bogué et instable, on l’accuse de ne pas avoir fait ses preuves, on soutient que son développement s’est arrêté quand son grand responsable, Jim Allchin, a quitté Microsoft à la fin de 2006. Allez savoir! Tout cela est bien étrange. J’ai pourtant à mon bureau un PC sous Vista, édition Intégrale (Core 2 Duo, 2 Go de RAM), dont l’installation a été faite en fin décembre 2006; c’est une machine dont je me sers pour tester des logiciels. Sans vouloir prétendre que tout est parfait, en 15 mois, je n’ai expérimenté aucun « crash », je n’ai pas encore eu à réinstaller Windows et, côté vitesse, je n’ai rien à déplorer.

Le 7 chanceux?

Quant à Windows 7, nom provisoire pour décrire la prochaine grande mouture de Windows, une rumeur de plus en plus grondante la situe quelque part entre 2009 et 2010. Ce que laissent entendre les gens de Microsoft (dont Bill Gates lui-même), c’est qu’on pourrait avoir des versions préliminaires dès 2009 et une finale en 2010. À voir! Sachant cela, bon nombre d’entreprises présentement heureuses sous Windows XP pourraient décider d’attendre, s’évitant ainsi le coûteux déploiement de Vista.

En ce sens, le deuxième pire ennemi de Vista pourrait être Windows 7.


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